
Vincent est un trentenaire épanoui: d’humeur toujours égale, l’oeil vif et brillant (surtout quand sa pupille rapace se pose sur un 12/10), le verbe haut perché et le ventre rebondi et débordant de celui qui sait faire honneur à une table. Quand certains s’épuisent à faire fondre leur ceinture abdominale en s’abandonnant à des ustensiles moyenâgeux tout droit sortis des ateliers de Torquemada, lui, arbore sa panse comme une Croix de Guerre récompensant l’héroïsme de son oesophage.
Je ne connais pas Vincent.
J’ai été son voisin il y a de cela quelques semaines pendant un match de l’OL (non… je ne suis pas un de leurs supporteurs… bien au contraire). Vincent parlait trop fort pour ne pas être entendu… je dirai même qu’il voulait qu’on l’entende… et Vincent s’épanchait à la mi-temps sur les meilleures tables lyonnaises… il parlait quenelles et caves à vin… Chefs étoilés et techniques de degustation… Il encensait une adresse… en trucidait une autre et voulait que le monde entier se range à son savant avis… “raison pour laquelle disait-il à ses potes de foot, je commente copieusement mes sorties gastronomiques sur lyonresto.com”
J’aime les bons restaurants, mais je ne prendrai jamais la peine de décrire sur un site à quel point “le dessert au caramel servi à l’Ouest est une explosion de saveur qui met le palais en émoi”… par contre, s’il existait un site de notations des compagnies aériennes sur le modèle de lyonresto.com… la donne serait différente. Je voyage souvent… avec l’habitude c’est toute une logistique de préparation qui se met en place: quoi prendre, où mettre le “quoi”, contingency plan si le “quoi” vient à manquer, kit de survie pour “business suit”, kit de survie contre une médiocre programmation cinématographique dans l’avion… à chaque fois c’est la même… à chaque fois c’est la mission.
Tout cela pour te dire qu’avec le temps, et la multplication des voyages, je suis devenu un enfant gâté, capricieux et pointilleux sur le service offert à bord d’un Airbus. J’ai ma Blacklist (Air France, Lufthansa, SAS…) et mes chouchous ( Emirates, Swiss, Singapore Airlines et surtout Virgin Airlines Forever…). Qatar Airways a ouvert, depuis maintenant plus d’un an, une ligne directe entre Genève et Newark mettant de facto fin au monopole detestable qu’exerçait Continental Airlines entre ces deux aéroports. Certaines de mes connaissances qui ont fait l’expérience de la compagnie du “petit Emirat qui monte, qui monte…” m’en ont fait un tel éloge, que je me suis résolu à la tester lors de mon prochain voyage à NYC.
Here is my feedback:
Le positionnement de la marque est clairement “upper class” dans le monde des compagnies aériennes. La pub annonce la couleur… “taking you more personnaly”… de la porcelaine… des couverts à la Louis XVI… et de la place. Bon pont pour Qatar, le siège se rabat presque entièrement à l’horizontale pour prendre la forme d’un lit loin d’être inconfortable. Cette photo est mauvaise et ne rend pas justice à Qatar dans l’espace que la compagnie offre aux jambes, fussent elles aussi longues qu’Adriana.

Pour revenir sur le personnel de bord, “Qatar Airways” joue à fonds la carte “melting pot”

“Did you know that Qatar employs a multi-national cabin crew from more than 60 coutries?” dit le petit écran incrusté dans le siège du passager de devant.
Je vais d’entrée briser le mythe: les hotesses de l’air de Qatar ne sont pas de belles libanaises dont l’accent lascif leur fait finir chacunes de leur phrases en “é”… ne t’attends donc pas à des “shou toufadil an tachrab habibé?” L’hôtesse qui s’est occupé de moi à l’aller était une nigériane charmante… mais sans plus… elle ne prenait pas un plaisir particulier à servir. Elle faisait son job. Point. C’est dans ces moments là que l’empressement des hotesses de Singapore Airlines ainsi que leur obsession de la satisfaction du Prince qu’est censé être le voyageur vient à manquer. Ma nigériane montrait autant de chaleur qu’un frigo Whirlpool fonctionnant en mode ”givre”. Son anglais laissait à désirer: à un moment où je lui demandais un café avec une touche de lait “can I have some coffee with a dash of milk please?” la jeune femme s’execute et me ramène un espresso… avec une feuille de menthe! Au lieu de comprendre milk (que j’ai répété à trois reprises avant qu’elle ne prenne note mentalement de ma commande), elle a compris mint.
:-/
Ce qui m’amène à la carte que nous propose le Chef… rien de bien excitant pour être honnête. Les plats arabes proposés sont une insulte à la cuisine du “bilad ach Cham”… un mezzé au goût de carton pâte… un Kebbé digne de Play Doh dans le fonds et la forme. Un mauvais point pour Qatar… très mauvais même. Voici la carte:

Voici le contenu de la carte (in english please):

Ce même contenu pour les arabisants:

Voici le point fort de Qatar pour un mangeur de hallal, forcé d’être végétarien en voyage d’affaires. “All dishes are prepared according to Islamic principles”:

Comment ne pas kiffer pouvoir consulter la distance parcourue par l’avion sur une carte indéchiffrable par Champollion himself:

Enfin… le must pour les muslim: la direction de la Mecque est indiquée à tout moment ainsi que sa distance… ça peut effectivement aider si tu veux prier dans l’avion.

Le choix des films est interessant (mention spéciale pour le catalogue de films égyptiens mis à ta disposition) mais ne fait malheureusement pas pencher la balance dans mon évaluation finale de Qatar Airways… que je classerai dans les compagnies moyennes… et la petite serviette humidifiée à l’eau chaude et parfumée au jasmin que l’on te donne avant de prendre le repas n’y change malheureusement pas grand chose

Share and Enjoy:
These icons link to social bookmarking sites where readers can share and discover new web pages.