LES NOUVEAUX INTOUCHABLES (Partie 2/2)

Dans le système des castes français l’intouchable c’est le rebeu. L’intouchable c’est le renoi. Les chiffres sont là pour en attester et les chiffres font mal. En France, le taux de chômage frôle les 10% de la population active. N’accorde aucun crédit à ces derniers chiffres “miraculeux” qui font état d’un pourcentage inférieur. Les statisticiens français du Ministère de l’Emploi se sont d’ailleurs fait rappeler a l’ordre par l’Office statistique européen qui leur a instamment demandé de réviser leur taux à la hausse. Pour les moins de 25 ans ce même taux s’élève à 20%. Pour les moins de 25 ans rebeux et renois on est à 40%… L’intouchable français est parqué en banlieue dans ce qui peut être comparé au pire de l’histoire du colonialisme… les membres de la haute caste, eux, habitent Neuilly, dans de beaux quartiers résidentiels. L’intouchable français est cantonné a des travaux manuels subalternes: il remue le ciment, empile les parpaings, conduit des 33 tonnes. … les membres de la haute caste française, eux, s’occupent de la direction économique, financière et politique du pays. Quand les enfants des intouchables vont a l’école dans leurs ZEP (Zoo pour Enfants à Problèmes), ceux des hautes castes font Khâgne et Hypokhâgne.

“Mais Samir, me dit-elle (ouais, c’est la même que la dernière fois)… la France a bien des textes contre la discrimination à l’embauche. La constitution française ne dit-elle pas que “tous les citoyens français naissent libres et égaux en droits?” ”

Elle dit beaucoup de choses la constitution française. Elle n’est en vérité qu’un beau texte couché sur du beau papier. De belles intentions aussi rapidement oubliées que ces bonnes résolutions que certains prennent le jour du Nouvel An.

Tout comme en Inde, il existe en France deux constitutions qui coexistent. L’une est démocratique en soi et profite, en théorie, à tout le monde. L’autre, la vraie, la seule qui compte, ne profite qu’aux puissants de la haute caste française. Combien de patrons du CAC 40 sont renois ou rebeux aujourd’hui? La réponse est simple et, ironie du sort, a même été inventée par les arabes: zéro.

P.S: Pour ceux qui ne les ont pas reconnus: c’est une photo du groupe de Hip-Hop français “Intouchable

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8 commentaire to “LES NOUVEAUX INTOUCHABLES (Partie 2/2)”

  1. olivier
    16 June 2007

    Bonjour Samir (on se tutoie)

    J’ai découvert ton blog par un lien sur un forum. J’aime assez. Je vais peut-être entretenir le buzz. Même si je m’étonne de l’omniprésence du “tout-identitaire” au travers de tes articles. Moi je suis fils de boulanger de province, je bosse à Paris dans le juridique et je gagne pas trop mal ma vie (sans atteindre tes sommets, bien évidemment). Mais jamais il me serait venu à l’esprit d’ouvrir jeunefilsdeboulangerdeprovincemillionaire(enfrancs!).com . Mais bon, c’est l’esprit du blog et si on reste c’est qu’on en accepte le principe.

    Il y a en revanche partout, tout le temps, un paradoxe qui revient comme un serpent de mer et que pourtant personne ne semble relever (à commencer par toi bien-sûr) :
    A) d’une part tu fais l’éloge de la réussite personnelle (et on peut pas dire que tu aies la victoire modeste) dans un contexte libéral débridé, contre un étatisme tout français, ponctionneur, redistributeur
    B) et en même temps tu dénonces la condition des minorités, dont les parents n’ont pas pu payer une chouette école privée et pour qui les pouvoirs publics ne font pas assez en matière d’égalité des chances.

    Or, jusqu’à nouvel ordre, B) est bien l’enfant légitime de A).

    On peut pas vouloir tout et son contraire


  2. Bonjour Olivier,

    Merci de ton intervention et de ton interêt pour JR&M.

    L’aspect “identitaire” du blog que tu relèves est du a plusieurs éléments:
    1) Je constate qu’en France, pour certaines populations, l’ascenseur social s’est arrêté au premier niveau d’un building de 60 étages (pas seulement en France d’ailleurs, ici, aux Etats-Unis, le problème se pose de la même façon). Certains ont appelé ça le “plafond de verre”, d’autres “l’endogamie des élites françaises” (cf. “Black, Blanc, Beur…” de Pascale Tournier et Stéphanie Marteau). Peu importe le nom que tu veuilles donner à ce phénomène, le fait est qu’il est l’expression d’une réalité que beaucoup ressentent dans le vide de leur compte en banque. Mais je pense que tu es d’accord avec cette analyse, je ne l’ai faite que pour exposer le contexte.
    2) Beaucoup s’étonnent du manque de représentativité de certaines institutions politiques. Ils ont l’obsession du député renoi ou rebeu. Je ne partage pas cette obsession. Je me fous d’avoir des députés qui s’appellent Karim ou Aminata a l’Assemblée Nationale. Ce que je veux a l’Assemblée Nationale ce sont des gens compétents. Entre Jean-Paul qui a fait une campagne efficace avec un vrai programme et Mamadou dont la campagne se résume a une poignée de main et une invitation informelle a venir “manger le mafé a la maison”, je vote deux fois pour Jean-Paul. Le tout récent flop des “candidats de la diversité” aux législatives est d’ailleurs une grande gifle a ceux qui ont tenté de se faire élire sur un nom exotique plutôt que sur un vrai programme. Le manque de représentativité, pour moi, il est beaucoup plus grave dans l’économie française. Dans ce cas précis, tu as des individus extrêmement compétents (et en abondance) mais des conseils d’administration de grands groupes français qui restent résolument (obstinément?) “européens”. Plus que la question du député renoi ou rebeu, j’aimerai poser celle du “CEO” renoi ou rebeu… non pas pour faire joli, non pas pour être plus représentatif, mais pour faire gagner plus d’argent a l’actionnaire… on a d’ailleurs beaucoup plus de chance de voir un “CEO” renoi qu’un Président renoi en France: ce qui est bien chez les actionnaires, c’est que la seule couleur qu’ils arrivent a voir c’est le vert…des dollars. Ils se foutent de savoir si celui qui les ramène aujourd’hui a la peau plus foncée que celui d’hier (j’y reviendrai dans un post).
    3) A mon tour je te pose une question: quel est l’intérêt de lancer quelque chose qui a pour objectif d’aider ceux qui partent en vacances deux fois par an, sont propriétaires de leurs maisons et ont deux voitures dont une “pour le week-end”? Ils n’ont pas besoin de mes conseils. On rentre ici dans le cadre de la Gestion de Fortune. Il y a des adresses a Genève pour ca (je simplifie…je sais). Les populations de banlieues (que je réduis aux rebeux et aux renois pour simplifier les choses mais sans exclure personne… ni les chinois, ni les portugais, ni même le plombier polonais…), eux, ont besoin de grilles de lectures qu’on ne met pas forcement à leur disposition là où ils sont.

    Quant au paradoxe que tu mentionnes: je n’y vois, pour ma part, rien de paradoxal. La façon dont tu poses la question suppose que le capitalisme total est cause de la situation économique désastreuse des minorités. Je ne suis pas d’accord. Beaucoup d’éléments conjugués nous ont fait arriver à cette situation regrettable… mais j’y reviendrai dans mon blog si tu n’y vois pas d’inconvénients (cette réponse est déjà bien assez longue :))

    Samir

    P.S:Tiens moi au courant si tu lances: jeunefilsdeboulangerdeprovincemillionaire(enfrancs!).com, je serai ton premier lecteur ;-)


  3. Nil Sanyas
    17 June 2007

    Parler d’intouchable est un terme “fort”, mais il ne me semble pas si faux que cela effectivement ;-)

    Par contre, dommage que l’article soit si court. Il fait un peu “déjà-vu”. Pourquoi ne pas plus argumenter, ou du moins théoriser, sur les causes/conséquences, au lieu de faire un constat que tout le monde connait ? (tout le monde le connait hein, rassurez-moi ?).

    PS : 10 % de chômage en France, hahahaha. Ca, ce sont les chiffres officiels (enfin non même pas). Officisieusement, c’est bien plus élevé, vu le nombre de chômeurs ou de personnes qui galèrent non inscrits à l’ANPE. 15 % serait plus proche de la vérité, et encore, c’est une valeur basse (mais cela vaut pour les USA et le Royaume-Uni, et leur soi-disant chômage de 3-4 %…).


  4. Je parlerai des causes/consequences plus tard. Ce sera l’objet d’une théorie. Tu verras qu’il n’y a pas que du second degre ici…cf. ton commentaire sur “10 raisons pour quitter la France” :)


  5. Olivier
    18 June 2007

    sur 1) 2) & 3) je te fais confiance pour remettre plus tard le débat à l’ordre du jour et je ne manquerai pas d’y contribuer (rapidement, j’ai en effet l’impression que de ce côté là, le libéralisme remplit suffisamment sa mission -même en France- qui est de donner à chacun une mise minimale -j’ai bien dit “minimale” et pas “égale”- pour participer au grand jeu de la création de “la richesse des nations”)

    Sur le paradoxe supposé, à nouveau :

    - nous trouvons en France une minorité noire et arable moins “armée” (à tes dires) que la majorité pour s’insérer professionnellement et réussir d’un point de vue économique et social (je prie les bloggeurs de ne pas déblatérer sur le terme de “Réussite”, je connais déjà toutes leurs objections et j’ai autant de contre-arguments)

    Donc, disions-nous, on trouve des populations “fragilisées” dans nos composantes sociales (immigrés, mais pas seulement … aussi personnes en marge du système, accidéntés de la vie, handicapés, réfugiés, prolétaires sans formation, etc…)

    Je te pose la question : le système tout libéral, reposant exclusivement sur le mérite de chacun , sans redistribution (ou si peu) est-il une solution viable qui permettra à ces gens de revenir dans la course ?

    Réponse : non.

    Si une immigré de 1ere génération n’a pas assez de ressources pour payer un soutien scolaire à ses enfants, un chouette lycée privée, une école Sup de Co ou autre… S’il n’a pas les clés culturelles pour l’initier à la littérature, à l’occident, au monde… Il y a peu de chance pour que cet enfant devienne un Samir.

    Donc :
    Seule la redistribution (et donc la solidarité nationale c’est à dire l’impôt tant honni ) permet de corriger les effets pervers du système pour s’assurer que chacun puisse participer au grand jeu.

    Tu oublies de signaler au lecteur honnête que les USA, c’est chouette dans la Silicon Valley,sur la 5th avenue, ou dans un film avec Bruce Willis… mais que la plupart des banlieues dans grandes villes du sud ressemblent plus aux bidon-villes de Rio, avec leurs enfilades de maisons préfabriquées, leur entassement anarchique de population et leur délinquance galopante. Je ne suis pas sûr que tous les pauvres de la Nouvelle Orléans soient arrivés là où ils en sont par fainéantisme ou stupidité. Peut-être n’ont-ils pas eu, au départ, les mêmes chances que leurs concitoyens yankees. Et c’est pas l’exemple d’un P. Dee Dee qui nous fera l’oublier, pas plus qu’un Zidane pourrait occulter la réalité socio-ethnique de la France.


  6. Olivier
    18 June 2007

    note que je suis ici dans une posture incommode, qui consiste à critiquer ton “tout libéral” qui déplore en même temps l’enfermement de certaines classes sociales dans un cycle d’échec (deux positions à mon sens contradictoires).

    Cela dit, je le dis parce que ca me saute aux yeux dans ta réflexion, et non pas parce que je partage ton constat (loin s’en faut) sur un quelconque “complot” qui viserait à contenir les immigrés aux seconds rangs de la société française.


  7. Olivier,

    J’essaierai de faire court cette fois ci :)
    Je ne suis pas contre l’impôt. Je suis contre “trop d’impôt”, ou plutôt contre des impôts qui seraient une punition pour des fautes commises par d’autres (l’incapacité d’un gouvernement a maîtriser ses couts par exemple). Pour faire court, je n’épouse pas les vues de l’école anarcho-capitaliste. Certaines populations (celles que tu cites) ont besoin qu’on les aide et il faut les aider. Seulement nous n’avons pas besoin d’un prélèvement de 44% sur notre salaire (impôt sur le revenu et ISF non inclus) pour aider ces gens la. Je te sais assez intelligent pour savoir que la totalité de nos impôts ne vont pas a l’aide des plus démunis.

    Je ne pense pas que le fait d’avoir fait une école de commerce prestigieuse ou une ecole privee soit un facteur déterminant de l’acquisition de richesse ou de la “réussite”. Je peux te communiquer des etudes qui ont ete faites aux US par d’éminentes universités montrant que la capacite d’un homme a s’enrichir et sa reussite scolaire ne sont absolument pas correllees. Elles sont même inversement correllees :)

    Au sujet des USA. Tout a fait d’accord avec toi. Mais qu’est ce qu’on y peut? Je ne peux que constater avec ceux qui constatent. Je constate aussi que les USA restent le pays du monde ou l’on entreprend le plus et ou vivent le plus de millionnaires. Et si je veux devenir millionnaire, c’est tout ce qui m’importe. Non pas que les bidonvilles m’indifferent. Honnetement, ca me fend le coeur, mais apres avoir verse ta larme de circonstance, qui va payer les etudes de tes enfants? L’appitoiement sur le sort des autres et la critique d’un systeme (le capitalisme) ou la reconnaissance pure et simple que ce sont les regles de ce systeme qui prevalent aujourd’hui, et que tu as tout interet a les apprendre pour en tirer avantage (et surtout survivre et faire survivre les tiens)? Je pose la question a l’hemisphere gauche de ton cerveau. Celui qui raisonne et ignore les nuances du politiquement correct. Pour cet hemisphere la, ma question trouve sa reponse naturellement.

    Les banlieues ne sont pas ce qu’elles sont parce qu’Adam Smith a gagne et Karl Marx perdu. Elles sont ce qu’elles sont parce que les politiques socio-économiques qui y ont ete menées pendant des décennies (surtout par la gauche d’ailleurs) ont ete désastreuses (qu’est ce que le libéralisme a avoir la dedans?). Les situations dans les banlieues sont inacceptables parce que la classe moyenne et les élites de France n’ont jamais vraiment accepte qu’un rebeu ou un renoi puisse pretendre a certains postes….encore aujourd’hui c’est le cas. je pourrai inonder ta boite email d’études tres serieuses sur le sujet (encore une fois…qu’est ce que le capitalisme tel que toi et moi le concevons a avoir avec ca?). Le problème des banlieues n’est pas le fait d’une idéologie economique… il est le fait d’une distorsion de cette idéologie économique. Tu veux un exemple? Le principe universel de la détermination du prix d’une marchandise en vertu de la libre confrontation de l’offre et de la demande. Principe qui s’applique de par sa nature même au marche du travail. Paul doit recruter un ingénieur (offre) et recoit pour ce poste deux CV (demande). Le premier CV, celui de Boubakar, a une valeur intrinseque plus importante que le second: celui de Bertrand. A salaire égal, Paul devrait choisir de prendre dans ses équipes Boubakar… quoi de plus normal? Ca, c’est le capitalisme. Dans cet exemple il vit de sa logique la plus claire. Oui? Plus simple tu meurs! Seulement, s’il se trouve que Paul a sa carte au Front National… Boubakar peut d’ors et deja essayer de chercher son bonheur ailleurs… et nous avons ici une distorsion du système. Tu vois Olivier, ce que je déplore ce ne sont pas les regles du jeu. Je les ai faites miennes depuis longtemps. Ce que je déplore c’est le fait que certains ne les respectent pas. Et cela se fait au détriment d’hommes et de femmes qui ont tout bien fait dans leurs vies: ils sont diplômes, ils ont des DESS, des maîtrises, des diplômes d’ingenieurs…ils veulent manger le monde… mais le monde, lui, il ne veut pas d’eux. Comment on fait dans ce cas de figure? Olivier, le jour ou on respectera un peu plus la règle, on aura un peu plus de Boubakar qui travailleront au cote des Bertrand. Donc PAS de paradoxe. Tu peux défendre le “capitalisme total” ET regretter la situation de certains.

    En ce qui concerne le mot “complot” que tu utilises. Je ne crois pas qu’il y ait de complot. Cela supposerait une machination au plus haut niveau de l’Etat dont les membres actionneraient différents leviers pour maintenir les rebeux et renois dans leur misère. Je ne crois pas en l’existence d’une telle Chimere. Ce qui existe par contre, c’est une animosité, un rejet et une phobie des banlieues… chez une grande partie de la population francaise malheureusement.

    Olivier, je m’arrete ici… je suis trop fatigue pour me relire (il est presque 1h du mat’)… excuse les fautes d’orthographes et les absences d’accents aigus, grave et circonflexe… j’ai ecrit cette reponse avec mon clavier QWERTY (very painful…)

    J’ai dit que j’allais faire court? J’ai menti :)


  8. olivier
    21 June 2007

    Merci pour cette bonne réponse à cette bonne question.

    Cela dit, quand on a fait ce constat, on n’a toujours pas dit comment le système peut fixer des règles pour gérer ces entorses à ses propres règles, sans se travestir lui-même (”pas trop d’état”)

    Et lesquelles? Loi contre les discriminations, règlements, dispositifs ANPE et CV anonymes, bourses spéciales, accès facilité aux charges publiques, coach personnalisé…, aide à l’action civile, aux associations, librairies de quartiers, subventions de projets,… Pour tout cela, il faut des impôts, il faut de l’Etat !

    Enfin, on ne dit pas encore pourquoi les autres communautés (Cambodgiens, Vietnamiens, Espagnols, Portuguais…) n’ont pas suscité autant d’animosité que les communautés africaines et du maghreb. Mais je pense que ca fera l’objet d’autres posts ici-même (ça doit être sûrement dans le projet du site).

    Aussi , tout en te remerciant pour ta réponse, je te propose de clore le sujet et de poursuivre le fil de ton blog et je réagirai le moment venu. Après tout, ce blog a encore sa vie devant lui !


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