LE CONSEILLER DE DESORIENTATION

Suite de la critique littéraire du livre de Hamid Senni: “De la Cité à la City“. L’épisode d’aujourd’hui s’intitule “le conseiller de désorientation”. Si tu vis en banlieue, tu sais à quoi je fais référence. Pour les autres voici ce qui est arrivé au petit Hamid, petit rebeu studieux des banlieues, qui se nourissait tous les matins de Banania et de rêves un peu fous: comme être pilote de ligne ou ingénieur… Il s’en va un jour rencontrer son professeur de physique qui se trouve aussi être son professeur principal. C’est ce même professeur qui va décider de l’orientation professionnelle de notre petit rebeu rêveur… Hamid, mon garçon, raconte nous comment cela s’est passé…

“Je suis le souffre douleur de mon prof de physique, un quadragénaire au collier de barbe blanche, qui ne supporte pas de me voir, moi l’Arabe de la Soric, en Terminale S. Pour lui, la Terminale S est réservée à la future élite de la Nation.”

“Alors, monsieur Senni, quels sont vos souhaits d’orientations.
Nous sommes en Mars et je suis assis face à mon prof de physique qui reçoit les élèves pour faire le point sur leurs vœux. Malheureusement pour moi, c’est notre prof principal. Il me fait peur, mais je sais ce que je désire. Et j’y crois.
- Je veux être pilote de ligne ou ingénieur.
Il me regarde, et je lis un mélange de compassion et de mépris dans son regard.
- Ecoutez moi, monsieur Senni, réfléchissez. Vous n’aviez rien à faire en Terminale S. Vos notes en témoignent. Je ne suis pas sur que vous réalisiez bien. […]
M. Belin […] se lance dans une grande tirade inattendue sur l’armée où il me conseille de m’engager sans tarder
- Si vous travaillez dur, vous pourrez peut-être devenir pilote de chasse. Et l’armée vous pouvez y entrer avec ou sans le bac. Je serais vous, j’y songerai sérieusement.
Je reste perplexe et méfiant. Je sais qu’il ne m’a pas à la bonne et ne cherche pas à défendre mes intérêts.[…]
La semaine suivante je fais un rapide sondage autour de moi : M. Belin n’a suggéré à aucun autre élève de s’enrôler pour servir notre douce France. Même au plus mauvais…[…] il me faut à nouveau rencontrer mon professeur principal. […]
- Voilà, M. Belin, je reviens vous voir car, comme je vous l’ai dit, je veux tenter d’entrer dans une école d’ingénieur.
Cette fois je ne vois plus aucune compassion dans son regard, mais une rage froide, qui me hantera longtemps.
- Monsieur Senni, vous n’avez pas compris ? Vous ne ferez pas d’écoles d’ingénieurs.
- Mais… je bredouille avant de me jeter finalement à l’eau. Je pense à l’étang, à la cité, je ne veux pas y vivre jusqu’à la fin de mes jours.
- Monsieur, c’est mon rêve. Je sais que mes notes sont moyennes, mais je veux essayer. Et si j’échoue, tant pis. Au moins je me serai donné les moyens.
M. Belin me regarde encore, passe ses doigts dans sa barbe, les secondes s’écoulent, interminables, le bourreau se prépare.
- Monsieur Senni, vous n’êtes absolument pas raisonnable. Je suis le dernier à remplir votre dossier. Et je vous promets qu’avec les appréciations que je vais y mettre, les écoles d’ingénieurs ne vous prendront pas. Vous n’avez aucune chance.
Voilà comment en Mars 1993, un crétin a décidé de mon destin. Je ne dis pas que j’aurais réussi, mais je n’ai même pas eu le droit d’essayer. On ne m’a donné aucune chance. Fusillé. »

“Treize ans après je regrette toujours de ne pas avoir pu faire d’école d’ingénieur. J’en veux encore à ce prof de physique de m’avoir barré la route des classes préparatoires parce qu’il ne supportait pas l’idée qu’un Maghrébin puisse faire partie de l’élite de la Nation.”

Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…

Share and Enjoy: These icons link to social bookmarking sites where readers can share and discover new web pages.
  • bodytext
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google
  • Furl
  • StumbleUpon
  • Technorati

15 commentaire to “LE CONSEILLER DE DESORIENTATION”

  1. pas besoin d’être arabe pour subir ça…


  2. “ho putain comment c’est violent”…

    ça calme, c’est vrai, ça craint. c’est juste ma réaction, c’est pas tres constructif, desolé..


  3. doudou
    21 July 2007

    ah!!!mince tout le monde a eu droit a son conseiller de désorientation lol par contre j’ai eu un peu plus de chance j’ai fait ce que je voulais :)


  4. J’ai connu la même situation mais le dénouement est différent ……

    J’étais en seconde lorsqu’on m’a convoqué en conseil d’orientation en présence de ma mère ( professeur principal , psy , assistante sociale , proviseur …ect = la totale ) . La raison = moyenne minable qui s’explique par le fait que j’avais décidé de m’accorder une année sabbatique (crise d’adolescence ) .
    Et là , on me demande ce que je voudrais faire plus tard .
    Je réponds spontanément ” avocate ” , rêve que je carressais depuis l’âge de 10-11 ans .
    Réaction de l’assemblée : ils se mettent à rire , ils se moquaient tout simplement de moi ( réaction qu’on ne devrait pas avoir en face d’une adolescente de 15 ans ) QUELLE BANDE D’ENFOIRé !!!!!
    La psy me conseille plutôt d’aller en STT parceque vu ma moyenne je n’étais pas faite pour les études , mon prof principal ,lui, me conseille d’arrêter de m’illusionner .
    Et moi , en face d’eux j’avais les larmes aux yeux et je ne savais plus quoi dire .
    J’ai , bien sur après coup , refuser leurs conseils et décider de redoubler pour rester en générale tout en gardant à l’esprit que je m’illusionner .
    BILAN = aujourd’hui , je viens d’être admise en master 2 droit fiscal et le Capa je compte l’avoir .
    Ca a été un moteur ( je voulais leurs prouver qu’ils avaient tort ) ,mais en même temps mon estime de moi en a pris un sacré coup . En plus d’être cruels ,ils étaient incompétents .
    Mon histoire est moins dure , l’entreprise de démolition a ici échouée .


  5. Faut arrêter d’être constamment manichéen… Comment doit réagir un prof quand un élève a une note insuffisante pour une certaine voie qui justement ne manque pas de candidats ?

    Après il y a d’autres possibilités pour arriver au même point voilà ce qu’on doit retenir.

    Faut arrêter la constante victimisation …


  6. Bravo Lorea!

    Waleed, un professeur ne doit jamais voler les rêves de qqun. Il doit essayer de convaincre mais ne pas se moquer. Il doit tenter de faire comprendre les choses sans pour autant être catégorique sur l’incapacité d’un jeune homme ou d’une jeune fille de faire quelque chose. Il y a trop d’exemples qui montrent que ces apprentis sorciers se sont trompés sur toute la ligne pour qu’ils ne daignent pas reconsidérer leurs façons de faire. Ils devraient être un peu plus humble dans leur jugement: je te rappelle qu’on parle de l’avenir d’adultes en devenir, pas d’un voyage en colonie dont on serait privé parce qu’on a eu une mauvaise note.


  7. merci !

    Waleed , il n’y a pas de victimisation car je n’ai pas baissé les bras ! mais si j’avais été faible , un peu paumée et non soutenue j’aurais abandonné ce pourquoi j’étais faite . Avant d’emettre un jugement il faut étudier le dossier et etre impartial or on a deux exemples qui montrent que ce n’est pas le cas ( hamid par exemple a été victime de discrimination et contre ça il ne pouvait rien ) mais c’est aussi deux exemples de mauvais prof qui jugent à l’emporte-pièce , pour mon cas ils ont changés d’avis qd je me suis enfin mise à bosser . Je ne me considère pas comme une victime , j’ai fait ce récit pour montrer qu’il faut aller au-delà des apparences et ne pas se laisser abattre .


  8. Dans mon intervention il n’y pas de jugement émis;
    Juste une légère exaspération quant à la constante mise en cause des autres de notre propre malheur.

    Des personnes malveillantes, incompétentes, fourbes, on en a tous rencontré et on en rencontrera tous dans notre vie, mais je trouve ça un peu malsain de toujours présenter les choses de façon manichéenne car ça ne sera jamais complètement fidèle à la réalite

    Je ne nie pas que la France est un pays entaché de discriminations. Par contre ce qui est sur ici c’est que si les notes et le dossier scolaire sont bons, aucun prof, aucun conseiller au monde ne pourra nous barrer la route. Les règles du jeu sont connues et certes plus difficiles pour nous que pour les “blancs”, mais on a deux choix; soit on pleurniche, soit on en tire le meilleur parti. On fait en sorte de battre les inventeur du jeu à leur propre jeu justement.
    C’est un peu comme pour le capitalisme: il est là avec les inégalités qu’il crée, les injustices qu’il entraîne. On peut en tirer le meilleur parti et essayer de s’enrichir pour ensuite pourquoi pas aider les deshérités de ce système, ou bien constamment le pointer du doigt et s’en détacher pour finir par en être exclus. (ce qui est jamais une victoire).
    Si l’excellence qui a toujours été le crédo dans la nation arabe et la nation musulmane en général, était encore d’actualité, on aurait pas ce problème. Le Cac 40 serait rempli de “rebeu” ou “renoi”. Moi c’est surtout ça que je retiens.

    Quant au livre de Hamid, il me fait penser au confessions de Rousseau. Rousseau y affirme peindre la vérité à son propos, qu’elle soit belle ou vilaine. En le lisant on se rend compte à quel point ses défauts, ses fautes sont atténués, expliqués, colorés et présentés de manière à ce que le lecteur soit indulgent voire admiratif.
    En lisant Hamid c’est une chose que j’ai retenu et qui m’a quelque peu fait grincer des dents. Je le trouve biaisé trop subjectif et orienté en sa faveur.


  9. Waleed,

    Permets moi de recentrer un tout petit peu le débat. Je pense que tu es d’accord de dénoncer ceux et celles des conseillers d’orientation qui sont trop partiaux dans leurs jugements, et en particulier quand l’élève a la peau un peu foncée où un nom un peu trop exotique. Il n’a jamais été question de critiquer les conseillers d’orientation qui refusent à qqun de faire une seconde générale quand celui-ci ou celle ci a 4/20 de moyenne générale. Leurs jobs c’est justement “d’orienter”. Si quelqu’un n’est vraiment pas fait pour une seconde générale alors il faut le lui dire et lui proposer des alternatives plus en adéquation avec ses compétences. Je pense que pour tout le monde, cela fait sens. Mais l’objet de ce post est de dire qu’il existe, malheureusement, des hommes et des femmes qui empêchent des gens doués d’exprimer leurs talents et de réaliser leurs objectifs (j’allais écrire leurs rêves). C’est tout. Que certains puissent survivre à un “conseiller de désorientation” comme tu le dis. Tant mieux. Mais je connais des gens qui n’y ont pas survécu. Et d’ailleurs de quel droit certains devraient faire face à ce genre d’épreuves et espérer y survivre sur la simple supposition “que les gens brillants battent toutjours le système”. La force psychologique et la capacité d’encaisser ne va pas toujours de pair avec la pure intelligence (type QI). What do you think?


  10. Samir,

    Juste une nuance dans mes propos qui je pense n’ont pas été très clairs:
    Je suis d’accord sur le fond, je me demande d’ailleurs qui ne le serait pas.
    Ce que je regrette et dénonce donc c’est cet tendance (toute humaine certes) à rejeter la faute de nos échecs sur d’autres, ou à mettre en valeur nos réussites (qui sont déjà pleine de valeur en soit sans qu’on est besoin d’en faire plus) en pointant du doigts telle ou telle situation qui nous a été très défavorable. C’est ce que j’appele le syndrome des confessions de Rousseau et que j’ai retrouvé encore plus apparent dans le livre de Hamid Senni. Car au fond, dans chaque situation, tout n’est pas complètement blanc ou rose. Si cette conseillère en 4e a osé me dire que je devais allé en BEP, pourquoi mes notes lui on laissé l’occasion ? Est-ce entièrement sa faute ?…. bref c’est ce genre simplisme que je dénonce.

    Oui effectivement les elèves brillants battent toujours le système, comme la personne qui aura de bonnes notes et pourra intégrer l’école de son choix. Et donc, y a plus qu’à … et personne n’aura à subir ce genre d’épreuve. Ainsi que l’on soit psychologiquement faible ou pas on s’en sort en travaillant dur et ayant des bonnes notes. Après tout le monde n’est pas aussi sur le même pieds d’égalité face à l’acquisition de la science mais c’est un autre sujet.
    The bottom line c’est que le problème est plus complexe qu’on le croit et le rendre si manichéen tend à de la victimisation.


  11. ok je me dois d’intervenir,
    waleed, c’est beau ce que tu ecris , tu agences des mots qui forment de belles phrases qui a leur tour énoncent des verités; çà je te l’accorde, mais le probleme c’est que ta reaction n’était pas du tout opportune! tu parle d’etre manicheen mais de mon point de vue c’est toi qui a une approche manicheenne , tu es apparemment conscient que le sujet dont on traite est complexe et se resume pas simplement a bon et mauvais eleves, mais malgres çà tu simplifie la chose au point de ne voir que 2 issues aux personnes ayant subi une injustice : ou elles se battent et reussissent en taisant leur victoire (de peur d’etre montré du doigt par les adeptes du waleedisme) , ou elles ne parviennent pas a caresser leur reve ( ou par lacheté, ou parcequ’effectivement elle n’en avait pas les moyen ); laisse moi te rendre la vie encore plus facile en recadrant les choses, l’idee n’est pas là de dire que tous ont été victimes de ce genre de pratiques qui consiste à tuer l’oiseau dans l’oeuf et encore moins de ramener tout sur tout autour de la victimisation; l’idee c’est que ce genre de pratique existe et que les “non blanc” en sont les principales cibles; permet moi une petite parenthese, ne parle t’on pas de CV anonyme en 2007 ? n’ya t’il pas eu jusqu’a recemment ou même encore aujourd’hui peut etre de code BBR dans les agences d’interims? je referme la parenthese, ce que je veux dire c’est que quand on a subi çà de plein fouet que se soit a l’ecole aou ailleurs, on trouve legitime de raconter son histoire, par mise en garde, par fierté, par orgueuil, ce que tu veux mais çà reste legitime ! j’ai moi même subi les 100 coups de martinet de la conseillere de desorientation ( je ne vais pas raconter mon histoire jte rassure, tu serais capable de retrouver mon adresse pour me harceller ) et je comprends que l’on veuille en parler, ya pas de mal a cela.
    tu es peut etre toi le fruit d’un reussite scolaire malgres les coups bas , jte felicite c’est bien! mais admet que tous n’ont pas le mental nécessaire (surtout à cet age là) pour faire face à çà et par ce fait certains peuvent penser qu’effectivemment leur place n’est pas là ou ils auraient voulu qu’elle soit.
    je vais te dire le fond de ma pensé, pour moi lorea est la goutte d’eau qui a fait déborder “ton” vase et du coup tu es intervenu, d’ou le mot opportun que j’ai utilisé au debut; en bref , tu es intervenu n’importe quand et maintenant tu te perds dans des tentatives d’explication de ton post bla bla bla ;ton post à été ecrit au mauvais moment mais je suis sur que tu partages le même avis que nous au fond!
    jte fais un bisous quand même


  12. Je peux comprendre le recul dont Waleed fait preuve, mais ce qui me gêne, ce qui me révolte c’est que :

    1) ce genre de salaud de prof est le plus apte à se draper dans l’écharpe mitée des droits de l’homme pour dénoncer les égoïstes et racistes de droite,

    2) ce genre de salaud de prof favorise, à notes comparables, l’européen de souche à l’arabe ou au noir. Anecdote vécue en tant que déléguée de classe (bonne élève, blonde et même pas rentre dedans) en fin de seconde lors du dernier conseil de classe pour déterminer les orientations de chacun. Chaque dossier est examiné sans zèle ni sadisme particulier, peu ou prou les élèves sont suivis dans leur choix par les profs. Arrive le cas d’une jeune fille, on va dire qu’elle s’appelle Ben Khelifa*, élève ultra discrète voire timide, notes médiocres mais rien d’irrattrapable, les profs s’apprêtent à voter le OK pour une première L, lorsque le prof d’histoire (principal) met son veto d’un “ça fait trop longtemps qu’on se la traîne celle-ci, Ben Khelifa, Ben Khelifa, pff, couture, ha, ha, ha!” Seule élève à nom arabe, seule élève à avoir été orientée en filière professionnelle. Le rire de ce prof me hante encore.

    Je n’en fais pas une généralité, mais quand ce genre d’attitude émane d’un homme qui ne fait pas mystère de ses sympathies socialistes, ça fait encore plus mal. Enfin, Laval était bien député-maire communiste d’Aubervilliers avant d’être le numéro 2 de Pétain non ?

    * nom modifié bien entendu


  13. merci pour cette histoire dom… elle est scandaleuse. apres cela tu en auras toujours qui parlerons de victimisation.

    JR&M sert aussi a cela: démonter l’argumentation fallacieuse de ceux qui ne veulent ni voir, ni entendre.

    s.


  14. Une petite remarque, et vous me direz ce que vous en pensez,
    J’ai une impression positive de ce qui ce passe avec les nouvelles générations de profs, CPE, conseillers et autres personnels de l’éducation national.
    Ces gens là ont partagé les cours avec des “étrangers” et n’ont pas cette peur, cette mémoire de l’Algérie “Française” et du colonialisme.
    Plus la région est “cosmopolitaine” - moins cette discrimination dans le système éducatif est important.
    Je prends l’exemple de Paris -IDF, j’ai été pionne et durant mes qqles années de services, j’ai rencontré pas mal de profs “rebeux” “renoi” - la proviseur était même Antillaise (elle ressemblais à l’infirmière du sketch des inconnus :-)
    Parcontre, dans nos provinces, c’est encore un peu la misère.
    L’intégration de ces “Français” de souche se fait plus lentement. C’est comme ça….


  15. Juste une question : avez vous lu le livre d’Hamid Senni?
    Avant de répondre à quoi que ce soit c’est bien de connaître le parcours de ce jeune homme.

    à vous…


Laissez un commentaire.