“J’voyage en Première
Mes disques d’or dans la soute.
Le rap français, le hip hop
J’en ai rien à foutre.
J’suis meilleur que Molière
Tatoué sans muselière.”
Booba
Je me souviens de ma première fois.
Je venais d’apporter les dernières touches à ce qui constituait mon premier contrat d’embauche. Le cadre était luxueux: un grand restaurant genevois où hommes d’affaires et femmes “d’apparat” (aux US on les appelle trophy wives) rivalisaient d’élégance. Je me souviens tout particulièrement de cette délicieuse diplomate sud-américaine somptueusement drapée dans sa robe rouge. A force de la contempler, les piments que j’avais commandés pour accompagner mon plat avaient perdu leur piquant pour prendre le goût inoffensif de la guimauve. Sa mine boudeuse (elle déjeunait avec une réplique un peu ratée de Sancho Panza) tranchait avec la mienne, complètement radieuse. Je venais, en effet, de signer mon premier contrat et l’on m’avait annoncé, dans la foulée, que je devais préparer une négociation importante qui aurait lieu dans 2 semaines… aux Etats-Unis! Je ne bois pas d’alcool… mais je suis persuadé d’avoir été ivre sans vin à ce moment là. Je n’avais encore jamais mis les pieds chez Uncle Sam. A peine m’étais-je remis de mes émotions que mon Boss me donna le coup de grâce en m’annonçant le plus naturellement du monde: “bien entendu, notre politique de voyages vers les US c’est Business Class”. En résumé, j’étais passé du McDo à un restaurant 3 étoiles Michelin, d’une chambrette d’étudiant humide aux murs lézardés à l’hotel des Bergues , de la France à la très secrète et bourgeoise Genève, puis, le jour même, de la Suisse aux Etats-Unis, et pour finir: de mes traditionnels voyages en classe “éco” à un vol Privat Air entièrement Business Class. Comme si les clients de cette compagnie aérienne très exclusive, filiale de Swiss Air, ne voulaient pas se mélanger à la plèbe. Donne moi la télécommande du “DVD player”, je vais mettre “avance rapide”. Voilààààààà!!!!

2 semaine plus tard…
Le premier choc c’était à l’Aéroport International de Genève: dès le check-in on te fait comprendre que tu n’es pas comme les autres “voici votre carte d’embarquement et votre accès au salon privé réservé aux passagers “Business First”… si tu fais partie du commun des mortels, tu dois attendre ton avion dans une salle d’attente gigantesque remplie de sièges en plastique à l’aspect ergonomique qui, une fois que tu y as posé les fesses, te font bien ressentir qu’ils n’en ont que l’aspect. Par contre, quand tu voyages en “Business First” tu as droit à un salon cosy avec boissons, viennoiseries et fruits à volonté, journaux gratuits dans toutes les langues, écran géant branché sur CNN, hôtesses à ton service, sièges en cuir VRAIMENT ergonomiques pour le coup… tellement que je m’y suis endormi plus d’une fois. Bref, jamais attente ne fut plus agréable. Tu entends ensuite une douce voix qui te rappelle que l’embarquement va bientôt commencer pour ton vol… et là c’est le kiffe suprême. Première différence, et de taille, l’ESPACE. Tu peux étendre tes jambes à l’infini, executer une rotation du torse sans risquer de mettre un coup de coude à ton voisin (ou voisine quand tu es plus chanceux)… et le siège! Une merveille de technologie qui se transforme en lit après avoir presser quelques boutons. On s’ennuie vite pendant un vol de 8h00. Qu’à cela ne tienne, “voici, monsieur, pour votre bon plaisir un lecteur de DVD portable dernier cri avec une selection de films qui pour certains, viennent juste de sortir dans les salles obscures”. Et la bouffe… oh my God! Une carte? Un menu? Mais où sont passées les plateaux tout prêts des prisonniers avec pour seul choix autorisé la cuisse de poulet ou la côte de boeuf… pas très pratique, soit dit en passant, pour un musulman qui mange hallal… non mon fils, en business class c’est un grand Chef qui s’est chargé de composer ta carte. Au menu: saumon mariné à l’aneth, cuisse de pintade farcie aux herbes, pommes fondantes, fondue de poireau, farandoles de desserts…
- Mazmazelle mazmazelle…. stp, pour moi Diet Coke à volonté!
- Oui tout de suite monsieur!
Elle surveillait le niveau de mon verre…. ma parole! Elle le remplissait à chaque fois qu’il atteignait le niveau critique du “presque vide”…
Autre surprise, avant de servir le repas la charmante hôtesse passe dans les rangs et distribue des serviette humides et chaudes. Je regarde mon collègue…
- A quoi ça sert ce truc?
- Ca se voit que c’est ta première fois en business first toi! Ca sert à te laver les mains… tu peux te le passer sur le visage si tu veux. Tu verras ça fait un bien fou. Une fois que tu as terminé elle repasse avec sa petite pince en inox pour le ramasser.
Ca y est… on nous sert…et là, de nouveau, surprise: de vraies assiettes (carrées même, c’est plus stylish), des couverts genre Louis XIV, de vraies serviettes qu’on ne jette pas une fois utilisées. Pitin…. les habitants du Millionnairistan sont vraiment privilégiés…
Pourquoi je te dis tout ça? Parce que je suis rentré aux US en classe “éco” il y a deux jours (et oui c’est moi qui ai payé mon propre billet, et je me suis dit “non mais arrête… joue pas le beau gosse. Fais comme tout le monde: voyage en classe éco. Tu dépenseras moins en plus!)… Honnêtement: c’était la MISERE NOIRE! C’est bizzarre quand même… comme celui qui se contentait d’un casse dalle avec du thon à la catalane auparavant, peut maintenant s’indigner de ne pas avoir du saumon fumé sur ses toasts. Quand tu prends un tout petit peu de recul, tu trouves cela bidon. Je me suis trouvé bidon à détester voyager en classe “éco”. Mais que veux tu, les voies de la nature humaine sont complexes et ses travers peuvent en étonner plus d’un. C’est ce qui arrive quand tu prends des goûts de luxe mon frère. Quelqu’un se reconnaît dans la foule?










2 August 2007
je m’y reconnais mon cher. mais je trouve ca normal personnellement. ton standing a changé, voila tout! je suis un marocain consultant à McKinsey à Chicago. j’ai bien aimé ton blog. écris moi stp on aura certainement des choses à se dire
A+
3 August 2007
Moi aussi je m’y reconnais….juste avant qu’une voix, venue de je ne sais ou (pas celle de l’hotesse en tt cas) me dise : “Y alla nod daria, t’es en retard, sir terdem!!!!” (trad : allez réveille toi,…,va travailler!!!”)
voilà! par contre, salle d’attente bondée, siège en plastique qui te casse le dos, thon à la catalane, je connais bien ;)
3 August 2007
Sofiane. Congrats!!! McKinsey…. nice….
Nabil… MDRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR…. une fois pendant mes études en France un shab et moi, on avait fait la route ensemble pour rentrer chez nous pendant les vacances (ca nous permettait de réduire les frais d’essence et de péages). Arrivé midi, on s’arrête au Intermarché de la ville du coin pour faire qq courses. On avait tellement la dalle qu’on avait pris deux boites de thon a la catalane avec deux baguettes. On reprend la voiture et son s’arrête sur une aire d’autoroute pour manger… et la, on se rend compte qu’on est vraiment des anes: la famine nous avait tellement aveuglé qu’on ne s’est même pas rendu compte qu’il fallait des ouvre boite pour pouvoir ouvrir les boites de thon… on était devenu fou.
3 August 2007
MDR… Samir, et la caisse à outils alors, elle sert à quoi? :)
j’ai également connu la même mésaventure avec des boites de sardine mais HEUREUSEMENT l’un de nous avait un couteau suisse et au bout d’une bonne demi-heure d’acharnement motivé par nos ventres bruyants, on a réussi à les manger ces foutus sardines, t’imagines comment on a du les apprécier ;-)
3 August 2007
oula!!! j’ai du mal avec le clavier ces derniers temps! le commentaire précédent est de moi et pas de “Nail”
4 August 2007
J’ai posé la question du retour en classe “éco” sur Yahoo… les réponses que j’ai reçues sont très intéressantes! Clique ici pour les lire
16 August 2007
Ah ben oui, moi je me reconnais !
Je voudrais pas t’énerver, non, non, mais j’ai voyagé plus souvent en First ou Business qu’en éco, et à un prix que je ne divulguerai pas, par décence pour ceux qui paient plein pot.
Ben oui, c’est un des avantages de travailler en compagnie aérienne, et vu que ça a été le cas pendant 8 ans pour moi, j’en ai bien profité des billets GP :)
J’en profite d’ailleurs encore grâce aux potes qui sont toujours dans la place et qui me filent des billets pour mes voyages annuels.
Ma première fois, à moi, c’était en 1991, j’avais 20 piges et on m’a envoyé en formation à Dallas, en First.
Je me souviens avec émotion de tout ce que tu décris, le champagne, le menu, les films que tu choisis mais le meilleur voyage que j’ai fait, c’est un Londres-L.A. sur Virgin. Trop la classe le bar dans l’avion !
Alors aujourd’hui, quand à l’embarquement on me dit « désolé, y’a plus de place qu’en éco », ça me fait mal au ventre aussi, mais bon, y’a pire dans la vie !
Parenthèse sur la bouffe hallal … à toutes fins utiles, normalement tu peux commander un repas hallal au moins 48h avant le vol, tu le sais ? Et ce, que tu sois en éco ou ailleurs. En tout cas, sur ma compagnie, c’était le cas et c’était il y a longtemps, donc ça m’étonnerait que ce soit pas généralisé, maintenant.
17 August 2007
T’as raison… je l’ai déjà fait. Mais ça saoule… et des fois ils oublient! Ca m’est arrivé en prenant la Lufthansa
21 August 2007
Et si vous saviez ce qu’on éprouve quand on doit troquer sa brave Centurion contre une pitoyable Visa (même pas premier)… Je ne souhaite pas pareille infâmie à quelqu’un d’aussi généreux, honnête et lucide que vous.
P.S. Sérieux, blog réjouissant, et bonhomme à l’avenant j’en suis sûre, merci
22 August 2007
dom, (comme ds dominique?)
merci pour ton commentaire (on se dit “tu” please). que ne ferai-je pour te réjouir?!
;)
s.
3 September 2007
Samir la boite de thon à la catalane c’est une institution ça fait partie de la formation, toutes les générations sont passées par la et mon petit frère aussi.
L’être humain s’habitue au bonne chose…
Cet été premier voyage en “business class” je peu te dire que ça c’est voyager.
Le plateau repas concocter par un chef, le choix viande ou poisson ? et la mini bouteille d’huile d’olive… le must..
C’est marrant j’ai fait la même remarquer sur l’hôtesse de verre qui surveillais mon niveau de coca.
Et c limite une hôtesse par passager alors qu’en eco tu peux faire une crise d’épilepsie qu’elle ne s’en apercevra qu’au bout de 10 minutes vu le nombre de passager qu’elle doit gérer.
Tu sais des que t’arrive en 6 eme si j’avais eu un stage obligatoire en first class avec a la fin cette phrase « Si tu travail pas a l’école, si tu ne te donne pas a fond dans la vie t’aura jamais le droit a la first je peux te dire que j’aurai redoubler d’effort… »
Prochain entretien lors de la fameuse question qu’elle est ta motivation je répondrais voyager en first avec un grand sourire ça peut passer non ??
Hich
30 October 2007
[...] à la “business”, c’est trop la zermi d’y revenir… j’en parle ici). J’ai donc accès au salon privatif avec écran géant et vue imprenable sur le tarmac. Je [...]