
Adam Smith, inventeur de la célèbre théorie de la “main invisible” qui est à la base de la doctrine capitaliste, a toujours été frappé par la capacité de l’homme à s’inventer de nouveaux appétits. Mais plus que l’inventivité du jouisseur, c’était cette soif inextinguible, de celles qu’on ne peut étancher, qui inquiétait l’auteur de “Richesses des Nations”… ce que Descartes appelait “la volonté infinie”.
Et c’est vrai…
Si l’appétit de nourriture est limité par la taille de ton estomac, l’appétit de richesses, de bijoux, de gros gamos et de vêtements faits sur mesure ne connaît, lui, que les limites auxquelles tu désires l’astreindre… et comme tu peux vouloir à l’infini, a quoi bon s’embarrasser de clôtures quand les pâturages s’étendent à perte de vue.
Cela n’a jamais été l’opinion de mon père, qui s’inquiète chaque fois que je discute avec lui de mes ambitions:
“Mon fils… heureux est celui qui se contente de peu. Fais comme ton vieux père. Je remercie Dieu chaque jour de ce que j’ai. Je lui demande de n’y rien y ajouter… mais de n’y rien retrancher non plus”
Avec tout le respect que j’ai pour le papa, c’est ce type de raisonnement qui a fait de la médiocrité le refuge du sage, et de la pauvreté l’excuse de l’ascète. Se contenter de ce que l’on a serait noble… prétendre et aspirer à ce que l’on sait mériter serait vil. Soutenir ce genre de raisonnement, c’est faire de la stagnation intellectuelle, professionnelle et économique une vertu et accepter le statut quo comme un modèle qu’il ne faudrait remettre en question pour rien au monde:
“Putain Jalil, t’es pas content? Ingenieur! Tu geres une equipe. Tu gagnes bien ta vie. Oh! Reste tranquille un peu! C’est quoi ces fantasmes de MBA qui servent a rien? Wallah je te comprends pas!”
Jalil a tout simplement compris que, dans le contexte ulra-competitif qui est le notre, c’est celui qui a le plus d’appétit qui survit. Darwin disait de la sélection des espèces qu’elle se faisait sur la capacité d’adaptation à l’environnement. Chez JR&M, on pense que c’est la faim qui t’épargnera le sort des baleines bleues.
Tu peux ne pas être d’accord. Tout comme certains esclaves qui faisaient montre d’une soumission perverse n’étaient pas d’accord avec ceux qui voulaient se soulever contre leur maître. C’est ton choix et il se respecte.
Pour les autres… let’s face it: aujourd’hui, le succès se définit par le nombre de zéros qui figure sur la ligne “NET A PAYER” de ton bulletin de salaire. La réussite, c’est se faire beaucoup plus de cash que tu en as réellement besoin. Besoin? L’époque du “besoin” est révolue. Nous sommes entrés de plein pied dans celle du désir. Je me fous de ce dont j’ai besoin… seul compte ce que je veux. Ai-je besoin d’une tasse de café à 4 euros… ou d’une coupe de cheveux à 80 euros? Ai-je besoin d’une Navitimer à 5000 euros? Une montre de luxe de ce calibre satisfait-elle mon besoin de savoir l’heure à un moment donné… ou répond-elle a quelque chose de beaucoup plus profond?
La consommation n’est plus une affaire de “besoin” au sens strict du terme, mais d’appétit. La faim est bonne. L’entretenir est capital… et comme “l’appétit vient en mangeant”, il te faut manger mon fils.
“Mais manger quoi?” demande-t-elle
“Du plaisir”… répond-il. Du plaisir sous différentes formes… comme celle-ci… ou bien celle- là… ou encore celle- là Epicure ne disait-il pas, d’ailleurs, que “le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse”? S’abandonner au plaisir, c’est ouvrir dans son corps, une bouche qui jamais ne se rassasie. Pour la nourrir, il faut faire au minimum un salaire annuel à 6 chiffres.
Elle est “a gift and a curse” comme on dit aux US… une bénédiction et une malédiction tout à la fois. Une bénédiction parce qu’elle te pousse vers le mieux. Jalil manager aujourd’hui veut devenir Directeur demain, parce qu’il veut se payer cette résidence secondaire en Croatie… son plaisir. Mais cette bouche est aussi une malédiction parce qu’elle alimente un estomac sans fonds… jamais satisfaite, elle réclamera toujours une livre de chair… comme Shylock, le juif du Marchand de Venise de Shakespeare.
Les jeunes rebeux/renois millionnaires sont fondamentalement des êtres de plaisir (j’allais écrire “esclaves”). La seule ascèse qu’ils s’autorisent est celle du dollar… pas celle du monastère. Si l’argent ne fait pas le bonheur (pour certains), il faut lui reconnaître une chose: sa formidable capacité d’ouvrir les portes du beau.
Et tant pis pour ceux qui ne savent pas y goûter! A ceux qui accusent le jeune renoi millionnaire du matérialisme le plus désincarné, ce dernier repond:
“Dans mon “malheur”, je me retrouve en auguste compagnie..stupid mother fuc***”:
“Mais ne suffit il pas que tu sois l’apparence,
Pour réjouir un cœur qui fuit la vérité?
Qu’importe ta bêtise ou ton indifférence?
Masque ou décor, salut! J’adore ta beauté”
Charles Baudelaire – L’amour du mensonge (Les Fleurs du Mal)
Je récapitule, ma gueule: le dollar nourrit le plaisir qui nourrit la faim qui est un facteur clé de succès dans le contexte business qui est le notre… pas la peine d’avoir fait un cours avancé de logique pour arriver à la conclusion finale… right?










28 September 2007
Article intéressant, Samir, qui, certes, bouscule quelque peu la définition des besoins (motivations) donnée par Maslow (http://www.quesaco.org/La-pyramide-de-Maslow) mais très bon article quand même; ça fait réfléchir.
28 September 2007
Baudelaire j’adore! Samir, tu es sur de bosser dans la finance???
Je t’imagine plus dans une robe de chambre à carreaux et une pipe, genre écrivain anglais assis au coin d’une cheminée lol
Bises
29 September 2007
Peut-être (surement !) à contre-courant de ce que l’on peut lire ici, le FT reconnait l’excellence des Ecoles de Management françaises.
Article ici : http://tf1.lci.fr/infos/economie/0,,3329857,00-ecoles-commerce-francaises-reconnues-international-.html
a+
29 September 2007
iiiiiii foooooo des tunesssss aprés faudra recoudre le bitume mon hardcord tencu*** et ta mere danse sur mes tubes ;) ( rhoff)
Quelle salaire vous ferai plaisir sans partir dans les millions moi 20 000€ 50 000€ par mois c rlou
30 September 2007
Je me disais aussi depuis quelques années que j’aurais mieux fait de naître en Afrique ou en Europe de l’Est. Comme ma meilleure amie sénégalo-ukraino-américaine qui a travaillé chez Lehman Brothers à NYC avant de devenir White House Fellow jusqu’en août de cette année (et faire la une des journaux sénégalais pendant au moins 2 semaines). Ou son ex-copain gabonais, champion de basket au NCAA, qui a travaillé chez Goldman Saxe. Ou encore, cette amie georgienne qui est devenue dentiste pour super-riche new-yorkais! Et j’ai encore des exemples comme cela à la pelle!
Mais non, il a fallu que je naisse dans une famille suisse, bien au chaud, avec de la bonne nourriture équilibrée 3x par jours, de jolies villas ou de beaux appartements (j’ai pas mal déménagé), avec toujours un jardin d’une certaine taille. Ma chambre à coucher actuelle est aussi grande que certains appartements moyens de Genève. Ecole privée jusqu’à la maturité (bac) et études aux USA dans une université privée pour le Bachelor. Sans compter que je n’ai jamais su combien gagnait mon père, banquier-conseiller financier, le salaire étant un tabou en Suisse, justifié légalement jusqu’à il y a quelques années lorsqu’il était interdit de le révéler à des tiers. Du coup, c’est vrai que je n’ai pas développé cette “gniac”, vu que je n’ai jamais manqué de rien, au contraire….j’ai souvent eu plus que ce que je pouvais gérer. Et puis, j’ai grandi dans un milieu où on place le savoir et l’activité intellectuelle au-dessus de tout. On n’a pas cessé de me répéter des poncifs du genre: “la culture, c’est tout ce qui te reste quand tu as tout perdu…” Bon, mon père me répétait aussi toujours: “les devoirs d’abord, le plaisir après!” J’ai tellement bien intégré les deux que je suis devenu un vrai crapeau à lunettes passée parasite universitaire! Il a fallu que je prenne un peu de distances pour commencer à lever le nez de mes bouquins!
D’ailleurs, là il faut que j’y replonge….j’ai une thèse sur le feu!
1 October 2007
On aura tout vu: maintenant on est malchanceux car privilégié. Va dire ça aux brésiliens qui peuplent les bidons ville de Sao Paulo ou les Africains du Sierra Leone ou encore les irakiens en ce moment. Je suis sur qu’ils doivent être heureux de ne pas être à ta place.
Comme quoi, on trouve et on trouvera toujours des excuses à nos échecs et nos erreurs.
PS: le savoir et l’activité intellectuel d’un côté et l’enrichissement de l’autre, ne sont pas incompatibles que je sache.
1 October 2007
Au cas où tu n’aurais pas remarqué, mon commentaire était ironique et oui, certe un tantinet provocateur. Je suis suisse, mais je ne vis pas enfermée au fond d’un coffre-fort! J’ai suffisemment voyagé et connu de gens en provenance des pays que tu mentionnes pour savoir la chance que j’ai eue de naître dans le contexte suisse et aisé plutôt qu’au fin fond d’un bidonville (surtout en tant que fille, merci bien!). Et, je n’ai mis nulle part le savoir et l’activité intellectuelle en opposition avec l’accumulation de richesses. Mais, je parlais tout simplement de dépasser cette dichotomie pour se consacrer plus à l’accumulation de connaissances que de richesses matérielles. Eh oui, c’est pour cela que je suis un parasite universitaire…je ne produit aucune marchandise ni aucun argent sonnant et trébuchant, juste des idées, des théories et des réflexions sur le monde qui m’entoure. Et si ma tout marche bien, on me paiera bientôt pour ça!
Lors de mes études, j’ai pu voir une sacré différence de motivation et d’ambition entre les étudiants en provenance d’Afrique, d’Asie, d’Amérique Latine et d’Europe de l’Est et ceux qui venaient des milieux aisés d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord. Comme le jour et la nuit!! Ma perspective personnelle est que ceux qui ont grandi dans du coton peuvent s’attendre, au saut du nid, à de sacrés turbulences pour lesquelles ils ne sont pas forcément préparés, alors que ceux qui ont grandi dans des pays en difficulté les traversent déjà et font tout ce qu’ils peuvent pour s’élever vers une place au soleil plus facile à naviguer!
Samir faisait référence à ces gens qui semblent laisser le pessimisme diriger leur vie sous prétexte de se contenter de ce que le très haut leur donne. De mon côté, je pointais vers l’autre extrême, où se trouvent ceux qui ont toujours eu beaucoup plus que ce qu’ils pouvaient même désirer (et ils sont nombreux) et qui ne voient pas non plus pourquoi ils en demanderaient plus à la vie. A tel point que certains finissent par se demander ce qu’ils font sur cette terre et à quoi ils peuvent bien servir. J’en ai connu personnellement et je sais que les cabinets des psys sont pleins à craquer de ces jeunes!
Bon, j’y retourne….j’ai quelques réflexions sur le feu qui sont en train de bouillir!
2 October 2007
sénégalo-ukraino américaine? T’as une photo?
2 October 2007
Oui! Elle est très jolie, hyper-charmante, parle 6-7 langues (français, ukrainien, russe, woloff, anglais, allemand et un peu d’espagnole), adore rire et faire la fête, mais déjà prise par un beau Russe d’Astana (Kazahkstan)! Désolée!
2 October 2007
Tu m’as brisé le coeur en une phrase.
3 October 2007
Aïe! Vraiment désolée! Bah! Tu te consoleras vite avec une nouvelle belle montre! ;-)
20 October 2007
Et si tout ceci s’arrête?
26 October 2007
Dans le cadre d’un cycle commercial il existe une phase importante c’est la qualification du client. On essai à ce moment là savoir quels sont les “business drivers”, en gros qu’est ce qui le fait bouger pourquoi il a besoin de ton produit.
Et bien là tout de suite la lecture de cet article, à rebours, par rapport aux autres comments, me fait dire que c’est le moteur qui te fera avancer. Qu’est ce qui te motive, car faire du pognon n’est pas une “faim” en soi.
Sincèrement, je me retrouve dans certains de tes passages. Mais c’est tellement lisse comme la soie, tellement dure comme l’acier. Pas une once de sentiment. Une fois encore la “faim” justifie les moyens comme dit le proverbe. C’est pas vrai, toi même tu sais.
J’ai faim, de réussite, d’accomplissement personnel, avoir du temps pour vraiment penser. Et aussi de la nourriture spirituelle. Car le corps saint est la maison de l’esprit sain.
Samir, Force et honneur !