ETAT D’AME

La voie du Samouraï est périlleuse… ceux qui aspirent à celle du jeune rebeu millionnaire le savent.
Nous avons tous une maman qui, pour faire simple, a été celle qui nous a transmis le fluide de la compassion. Elle nous a enseigné l’amour du prochain, à dire merci au monsieur du camion de glace qui passait au quartier et qui traînait derrière sa sirène assourdissante une nuée de gamins en mal de vanille synthétique. Si des larmes coulent sur tes joues à la fin du Parrain III quand Sofia Coppola crève sur les marches de l’Opéra Cavaleria Rusticana de Palerme, remercie maman de les avoir semées il y a bien longtemps. C’est elle qui t’a donné ces états d’âme qui te permettent de t’émouvoir de la situation birmane… et de celle des palestiniens (quand on en parle… parce que la réalité, c’est que la presse mondiale laisse les enfants palestiniens crever en silence).

Maman merci.

Mais Maman… je dois te désavouer.

La plupart d’entre nous sommes menottés par ces bons sentiments qui nous poussent à être ce gentil “gars”, cette gentille “fille” sur l’épaule de qui l’on aime taper. L’honneteté. L’affection. Le désir de plaire. Le désir de faire naître un sourire de satisfaction sur les lèvres des collègues. Nous avons tous une inclination naturelle vers ces choses. William James, le père de la psychologie américaine disait à ce sujet que le besoin le plus profond de l’homme était celui d’être apprécié…

“The deepest human need is the need to be appreciated.”
William James

Alors on passe le sel docilement à table, on rit aux blagues les plus stupides, les plus grivoises (pour ne pas dire crasseuses)… on tient la porte en souriant bêtement, on compatit quand le voisin du bureau s’est fait “honteusement remercié”.

Et ceci à répétition… jusqu’à devenir une de ces pétasses qui pleurent sur commande et qui s’ennorgueillissent du poster géant figurant le Panda de la WWF qu’elles ont affiché au mur de leurs cubicles.

Les puissants, eux, ne s’embarassent pas de tels sentiments.
Mon conseil est simple: tu te dois d’éradiquer la moindre sensiblerie qui t’amènerait à préférer une décision “éthique” (God, I hate that term) au pragmatisme que requererait une situation.

Laisse toi aller à ces impulsions primaires que tu refoules depuis trop longtemps ma gueule. Tu verras comme ça fait du bien.
Libère la bête sauvage qui souffre, enchaînée dans tes entrailles…

La prochaine fois que ton boss, ou ton collègue te demande un service que tu peux refuser (sorry… que tu dois refuser) parce que tu as mieux à faire: envoie les sur les ronces.

Si ta femme te demande de faire la vaisselle parce qu’elle est fatiguée, ouvre un bon bouquin et ignore la.

Si ton boss te demande, un vendredi matin, de lui faire une présentation pour le lundi 8h00: demande à ton/ta subordonnée de la faire à ta place. Elle a prévu un week end en amoureux à Rome? Fais le lui annuler. Rappelle lui c’est qui le boss dans la maize.

Cela demande de l’entraînement… de la pratique. Tu n’y parviendras pas tout de suite… la plupart des JR&M comparent l’expérience au fait d’arrêter de fumer. C’est douloureux. Mais ne t’en fais pas: avec le temps, cela devient de plus en plus simple.

Ton entourage n’appréciera pas. Tiens le toi pour dit. Envoie les ballader. S’ils ne comprennent pas, c’est qu’ils ne méritent pas ton attention. Ils ne méritent pas ton amitié. Ils ne méritent pas ton respect.

Personne n’a jamais dit que le pouvoir était la médaille d’or d’un concours de popularité. C’est même le contraire.
Prends l’exemple de Carlos Ghosn.
Sa gestuelle latine et son sourire en coin cachent un manager froid et calculateur, obsédé par l’operating margin. Ses collaborateurs le craignent plus que le Diable. J’en ai vu se signer avant d’entrer en salle de meeting avec lui. La seule autorité qu’il reconnaisse est celle des actionnaires. Basta. Tes larmes, il s’en tape. C’est ta sueur qui l’interesse. Ton amitié, il s’en passe. C’est ton obéissance et ta performance qu’il recherche.
En plus de dix ans de travail avec ces collaborateurs les plus proches, il n’en a pas invité un seul à boire le thé à la maison. Malheur à celui qui veut sympathiser avec ce Sphinx du business. Il sera crucifié en public et lynché comme un malpropre.

Si tu vas au taff pour te faire des amis… tu as déjà perdu.

Now, here is the secret…

Certaines personnes kiffent les mecs comme Carlos Ghosn. Elles boivent leurs paroles comme l’on boirait un bocal d’eau et son poisson rouge… parce qu’elles ont soif de la sagesse du Grand Prêtre du Profit. Ils se couperaient volontiers un bras pour travailler ne serait-ce que sur un projet avec lui. Ils savent que la meilleure façon d’apprendre du maître reste encore celle de devenir son ombre. Si tu adoptes un comportement à la Carlos, tu seras surpris de la cohorte de suivants qui verseront leur sang avec plaisir si tu le leurs demandes.

Tordons le cou au politiquement correct: je serai le premier à te dire les choses.
Les suiveurs (qui s’opposent aux leaders) investissent leur maître de qualités presque divines (et ceci même s’il n’est qu’un ramassis gluant de défauts). Ils se donnent entièrement à lui parce qu’il sait se faire craindre d’eux. Ce qui m’amène à l’éternel débat du Prince: “est-il préférable d’être craint ou d’être aimé?

Les utopistes qui s’écriraient: “les deux” peuvent d’ors et déjà quitter les lieux.

La vraie réponse est, bien évidemment, être craint. Parce que les hommes sont plus obéissants s’ils craignent une giffle que s’ils espèrent une caresse.

As simple as that.

Alors je sais… certain(e)s auront leurs tripes retournées par cet article. Leurs yeux se revulseront de dégoûts. Leurs langues claqueront de dépit…

So what?

The hell with them. Souviens toi d’une chose ma gueule, ils n’ajouteront, ni ne retrancheront rien à ce que tu es…

mais suivre mes conseils si…

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17 commentaire to “ETAT D’AME”

  1. “La 1ère règle du Fight club est, il est interdit de parler de Fight Club!
    La 2ème règle du Fight club est, il est interdit de parler de Fight Club!
    3ème rêgle de Fight Club, quelqu’un crie STOP, quelqu’un s’écroule ou n’en peut plus, le combat est terminé!
    4ème règle, seulement deux hommes par combat!
    5ème règle, un seul combat à la fois, (messieurs!)
    6ème règle, pas de chemise ni de chaussures.
    7ème règle, les combats continueront aussi longtemps que necéssaire.
    Et 8ème et dernière règle, si c’est votre 1ère soirée au Fight Club, vous devez vous battre”

    Que le meilleur gagne…

    Pour un article precedent, amoureux de la Jaeger-LeCoutre reverso grande reserve bracelet croco……


  2. On peut être craint et respecté dans son entreprise et garder de bonnes relations avec sa famille et ses amis.

    Je ne pense pas que les deux soit incompatibles.


  3. Robert le routier de Ouarzazate
    13 May 2008

    Ca me rappelle complètement le portrait de Bernard Arnault dans ce bouquin intitulé “Les nouveaux condotierres”.

    Un jour un de ces proches collaborateurs l’invite à déjeuner et il lui répond “Oui, mais de quoi devons nous parler ?”. Histoire de dire, que si je mange avec toi c’est pour la taf et que j’ai kekchoze à y gagner, et pas pour le plaisir de ta discussion somme toute intéressante…


  4. Michel
    13 May 2008

    Je suis d’accord avec jo t’a trop la mentalité du requin Samir transforme toi un peu en dauphin


  5. je suis tout a fait d’accord avec cette conception, il vaut mieux être craint que d’être aimé. Malgré tout, je relève quelques paradoxes avec un autre de tes conseils sur les relations professionnelles et humaines en général, celui inspiré du bouquin de CARNEGIE “How to influence people”. Tu me diras que ce sont tous ces paradoxes qui font la richesse d’une personnalité….


  6. Adrien: lol. ici c’est la meme ma gueule.

    Jo: je suis d’accord. je n’ai d’ailleurs jamais affirme le contraire

    Robert Mugabe: bonne recommandation de lecture. Je l’ai moi meme lu et me suis souvenu de ce passage que tu mentionnes. very topical

    Michel: les dauphins sont en voie d’extinction.

    Chleu: bien vu :)


  7. Anonymous
    13 May 2008

    Intéressant. Cela me ramene encore au dileme qui m obsede : Vaut il mieux etre craindre ou etre aimé?

    Je crois qu’il faut faire la part des choses. Savoir dompter son caractère de loup chef de meute dans certaines situations, familiales ou privées, mais bien évidemment ne jamais rengainer au travail…


  8. Stéphane
    14 May 2008

    Ne dit-on pas qu’un chef sera d’autant plus respecté qu’il est aimé et non craint ?

    Un chef ayant besoin que ses homme aient peur de lui est-il un chef réellement suivi pour ses compétences ? Ou simplement parce qu’il manie le fouet ?

    Un bon chef n’est-il pas devant ses hommes plutôt qu’au dessus ?

    A compétences équivalentes, les hommes ne suivront-ils pas plus volontiers celui qui est devant sans être au-dessus ?

    Moi je pense que celui qui est suivi parce qu’il est craint occupe une place bien précaire, parce que le jour où ses hommes ne se laisseront plus faire et que quelqu’un d’autre sera en lice pour le remplacer, alors il ne sera plus jamais écouté….


  9. Mon avis c’est qu’effectivement, à compétences égales, le commun des mortels préfère un chef “qui est devant”.
    C’est pour ça qu’il faut être le meilleur.

    Il ne faut pas oublier également que le chef est celui qui donne un job à ses subordonnés et pour reprendre les mots de Churchill:
    On considère le chef d’entreprise comme un homme à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char.


  10. Robert m’a grillé, j’allais aussi dire que c’est très “Bernard Arnaaudesque” comme comportement. Pour ce que ça intéresse, lisez “L’ange exterminateur” et vous comprendrez !

    Karim


  11. F*** the shady sarkozy mafia
    14 May 2008

    Un vrai chef doit inspirer le respect, il prend naturellement l’ascendance sur ses semblables. Un vrai chef c’est un roi entouré de sa cour, une rock star entourée de groupies et ça, c’est la vraie classe.


  12. Tout à fait d’accord avec cet article, j’ai exactement la même vision des choses sur ce point même si ça peut choquer mon entourage. Au taf, le but n’est pas de se faire aimer et il vaut mieux bouffer les autres que se faire bouffer. Et à moins d’être assistante sociale, on n’est pas là pour écouter les états d’âmes des autres. Ni dévoiler les siens, bien entendu. Mais il faut rester subtil et diplomate…C’est tout un art.


  13. Il me semble que cet article mélange un peu les choses. Ce que tu nous proposes dans certaines parties de ton article ce n’est même pas d’être craint mais c’est simplement de ne plus respecter l’autre :

    “Ton entourage n’appréciera pas. Tiens le toi pour dit. Envoie les ballader. S’ils ne comprennent pas, c’est qu’ils ne méritent pas ton attention. Ils ne méritent pas ton amitié. Ils ne méritent pas ton respect.”
    “Si ton boss te demande, un vendredi matin, de lui faire une présentation pour le lundi 8h00: demande à ton/ta subordonnée de la faire à ta place. Elle a prévu un week end en amoureux à Rome? Fais le lui annuler. Rappelle lui c’est qui le boss dans la maize.”

    D’ailleurs la question ne se pose pas tant en termes d’être craint ou aimé. En management il s’agit de savoir dans une situation donné quelle est la décision appropriée et juste dans l’intérêt de l’entreprise. Dès lors cette décision peut ne pas plaire à tout le monde mais en théorie c’est celle qui profitera le plus à l’entreprise et donc à ceux qui la composent.
    Que le monde des affaires soit dur certes. Mais que tu doives te transformer en homme injuste et méprisable pour y réussir c’est une preuve de faiblesse. Je rejoins Stéphane, les vrais leaders sont ceux qui sont devant leurs hommes et non au-dessus Samir. Il est dommage - mais finalement très normal - de voir que toi aussi tu finis par rentrer dans la masse et dans le moule.

    Je finis par cette petite citation :

    [N'essayez pas de devenir un homme qui a du succès. Essayez de devenir un homme qui a de la valeur.] Albert Einstein

    Et au moment d’achever ta vie sur terre, avoir été un homme juste, intègre et estimable vaudra toujours plus que les 3 milliards de dollars que tu auras pu accumuler sur ton compte Glodman Sachs.


  14. Y a un chwouya de vrai (faut pas de larme en business - business is business mais beaucoup de false things dans cet article comme par exemple : “La vraie réponse est, bien évidemment, être craint. Parce que les hommes sont plus obéissants s’ils craignent une giffle que s’ils espèrent une caresse” Ca s’est applique au Maroc, Tunisie et pays du tiers monde… dans n’importe quel pays arabe ou la culture est ainsi mais pas partout!

    Moi je pense que etre mechant et etre dur ca marche a certain moment mais je ne suis pas sur que ca marche tout le temps ou que se soit la meilleur maniere que de tirer le plus profit de ton equipe ou entreprise. (en temps de plein emploi ou il est difficile de recruter ben mon cher chef je te conseillerai pas trop de te comporter de cette maniere) Car ton taux de rentention sera pas fameux et tu devras perdre ton temps a recruter et a reformer.(ce que l’on appelle les couts caches)

    Maintenant si ta boite est basee dans un pays y a pas de plein emploi et ou n’importe qui peut fair el job - c sur le chef est roi et peut se le permettre d’etre le Roi et mener son equipe a la baguette .

    Mais bon il ne faut pas oublier : un chef sans sa bande n’est plus un chef :-)

    Maintenant de la a se comporter de cette maniere avec sa femme, sa famille >>>>>> le chef se trouvera tout seul a se bariquader contre sa famille contre son equipe ou boite (eh ben mon pote le job qu’il te faut c’est peut etre ermite en haut d’une montagne tu ne crois pas ? et what a life you would have ! no thanks for all the money of the world I don’t want that life :-)

    Cheers,

    Sana


  15. Sana, Manek, Stephane,

    I love it when people disagree with me.
    Le prochain article répondra à vos objections au travers d’une histoire vraie au sujet d’une Pomme.

    Stay tuned.


  16. J’ai aussi eu cette réflexion, en gros c’est :

    “Ma vie n’est pas une démocratie” ce ne sont pas les autres qui décident de ta vie.

    “être le dictateur de sa vie” soit le seul qui prend des décisions, les autres tu t’en tape.
    Ne pas vivre sa vie pour les autres…

    sa demande un certain égoïsme (qui est nécessaire et constructif) mais y a des extreme à ne pas dépasser.

    Pour moi sa rejoint le fait de s’assumer et d’avoir confiance en soit.
    Trop de gens vive avec un fond de pensée qui est “Par pitié aimé moi! :s”


  17. Perso, je préfère des employés prêt à me désobéïr, pourvu qu’il me ramène du cash..


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