Archive for March, 2009
MADE IN HEAVEN
Merci à Ayah qui, connaissant mon faible pour les gardes-temps, a pris le temps de m’envoyer ce bijoux.
2 commentsTHE BIG PARADOX

La crise fait rage.
Tu as été réveillé ce matin par l’huissier, triste cavalier de l’Apocalypse, venu saisir le “flat screen” de ton voisin et son faux Ming. Tout le monde pleure: ta boulangère qui vend moins de religieuses… ta coiffeuse dont les clientes refusent jusqu’au séchage de leurs cheveux (il n’y a pas de petites économies parait-il)… ta copine à qui tu as refusé un cadeau à la Saint Valentin (“ce n’est qu’une fête marketing chérie”)… et ce petit frère qui doute de pouvoir faire sa place dans une société qui inspire autant confiance qu’un appétissant CDO saupoudré de subprime.
Je reçois une quantité d’emails de jeunes lycéen(ne)s inquiets pour leurs avenirs. Le jeune Mohamed faisait état de son appréhension dans un commentaire qu’il a récemment laissé sur le blog. On ne peut que se montrer compréhensif et avoir de l’empathie.
et pourtant…
et pourtant cette inquiétude si je la comprends, je ne peux m’empêcher de la mettre en perspective avec les moyens dont disposent cette generation Y pour faire la différence. C’est ce que j’appelle THE BIG PARADOX.
Ces jeunes brebis appeurées ont plus de pouvoir que les générations précédentes n’en ont jamais eu. J’ai vu mon cousin de 12 ans faire un petit film d’animation avec un logiciel de fortune (logiciel qui aurait couté 50000 € il y a quinze ans). Aujourd’hui, tu peux envoyer ton CV à un nombre infinis d’individus et utiliser différentes applications pour présenter la meilleure facette de ton profil (Linkedin, Facebook, Viadeo, Xing, Plaxo)… tu peux perfectionner ton CV en consultant les millions d’exemples disponibles online… ou, plus original, tu peux présenter ton expérience en postant une vidéo sur Youtube et en incluant l’hyperlien sur ton CV où dans la signature de ton email. Tu n’as plus besoin d’imprimeurs… les imprimantes de dernière génération te permettent de produire des créations dignes des héritiers de Gutenberg les plus sophistiqués. N’importe quelle cité européenne est à la portée de ton porte monnaie grâce à Ryanair et EasyJet, développant mécaniquement ton territoire de chasse pour ton futur job. Tu peux « designer » ta propre montre (je l’ai fait, j’ai même fait créer un prototype en céramique en Asie), ton propre parfum… ta propre voiture. Tu peux accéder gratuitement aux ouvrages numérisés des plus grandes bibliothèques de ce temps… bibliothèques que tu ne visiteras probablement jamais en personne. Tu peux écrire un livre… le faire publier pour une somme modique et le vendre sur Amazon juste à côté du Da Vinci Code de Dan Brown (si… si… bientôt le “Manifeste de l’Equation Secrète” sera disponible sur Amazon si Dieu veut… stay tuned for that). Tu peux créer un blog et l’utiliser pour faire ta propre publicité… tu peux vendre tes compétences sur eBay.
En bref, les outils dont tu disposes aujourd’hui pour faire ta “self-promotion” pullulent… et d’obscurs geeks à moitié otaku s’emploient chaque nuit à les rendre plus performants.
Ce que j’essaie de te dire, c’est que tu as à ta disposition une palette d’outils phénoménale dont la génération d’il y a une décennie et demie ne pouvait même pas imaginer en rêve. Les frontières entre les outils qu’utilisent les professionnels et les particuliers s’estompent… 15 piges en arrière, il y avait des revues pour les professionnels et des revues pour le grand public… des logiciels pour professionnels et des logiciels pour le grand public… des livres pour les professionnels et des livres pour le grand public… les temps ont changé ma gueule: tu peux maintenant prétendre être le patron de ta propre agence de « Top Model Renoi » avec une adresse dans le 94, et une boîte aux lettres fictive à Londres. Tu peux imprimer chez toi 100 cartes de visite, avec ton nom en majuscule suivie du titre ronflant de « Chief Executive Officer »… tu peux t’acheter un appareil photo de professionnels (même si cette appellation n’a plus vraiment de sens) 60% moins cher sur venteprivée.com… t’amuser à prendre les avions de chasse de ton quartier, dignes héritières des princesses éthiopiennes… créer un book « plus OFFICIAL tu meurs »… et t’inviter à une soirée exclusive d’Elite Model Look où, entre deux canapés, les représentantes d’Elle et Vogue te laisseront leur 06 en te demandant de les appeler la semaine prochaine… qui peut t’en empêcher?
Aujourd’hui, le paradoxe c’est l’énorme sentiment d’impuissance dont font montre certains parce que ce qu’ils voient à la TV leur fait peur… et l’arsenal surpuissant que ces individus ont à leurs dispositions pour tirer leur épingle du jeu… se différencier… et changer la donne.
« Au milieu de la difficulté se trouve l’opportunité » Einstein
« Soyez avides quand les autres sont craintifs, et méfiants quand les autres sont euphoriques » Warren Buffet
Tout est dit.
10 commentsPOURQUOI EVITER LES ENTREPRISES DU CAC 40 (Partie 2/2)

« Travaillons tous main dans la main pour que demain soit un autre hier »
J’aime cette phrase. Elle personnifie à elle seule l’état d’esprit de 98% de la population française. L’agilité dans l’adaptation n’est pas inscrite dans les gènes de nos compatriotes… il suffit de lire un tout petit peu la presse aujourd’hui pour t’en rendre compte… ou de rater un avion à destination des States à Roissy Charles de Gaulle pour cause de grève générale des contrôleurs aériens. Les réformes proposées par le gouvernement en place sont-elles les bonnes ? Je ne sais pas. A la limite ce n’est plus mon problème (ma fuite vers des climats fiscaux plus cléments en atteste… j’ai répudié Marianne par trois fois… et je n’ai pas l’intention de la reprendre). Ce que je sais par contre, c’est que le modèle de société français n’est tout simplement plus adapté aux réalités économiques mondiales (poncif qui enfonce une porte ouverte… mais vérité indiscutable tout de même). Des réformes doivent être menées… lesquelles ? Comment ? Encore une fois, ça m’est égal. C’est devenu le problème de Sarko et sa bande. Bonne chance à eux.
« Samir ! Tu es un mauvais français ! Tu ne te sens pas concerné par le sort de tes compatriotes » me crie-t-il à la face après avoir englouti un Grec salade tomate oignons…
Je plaide coupable Votre Honneur. Je m’en bats les couilles du sort de mes compatriotes… accessoirement, on s’en battait un peu les couilles de moi aussi quand je galérais entre quatre murs tours au fin fond de mon quartier (range tes faux kleenex, on a jamais ému personne moi et les miens).
Si Charles Darwin vivait encore, il observerait avec beaucoup d’amusement les différentes espèces qui se débattent sur notre chère Planète. Dans son laboratoire, il aurait répertorié les caractéristiques de chaque peuple et leur capacité de survie en environnement hostile… il aurait trouvé ici une bonne application à sa théorie de l’évolution qui énonce la chose suivante: « ce n’est pas l’espèce la plus forte qui survit… mais la plus prompte à s’adapter ».
Si Charlie vivait encore il aurait consacré un lourd volume à chaque Nation en analysant minutieusement sa démographie, son système politique, son économie, ses valeurs, son Histoire etc… à la fin de chacun de ces volumes Darwin se serait fendu d’une conclusion imagée sur l’avenir de l’espèce en question. A la fin du livre sur l’espèce française tu aurais pu lire la conclusion suivante « cette espèce est une forme un peu plus évoluée des Dinosaures… comme eux, ils ne se doutent même pas que l’astéroïde approche »
Ma plume s’est laissée emporter pendant plusieurs paragraphes sur ce sujet qui n’est, en vérité, qu’indirectement lié à ce que je veux traiter ici.
Recommençons…
« Travaillons tous main dans la main pour que demain soit un autre hier »
Le CEO britannique, qui a repris les rênes de l’immense mastodonte du CAC 40 dans lequel Mamad’ a été recruté (pachyderme dont nous tairons le nom par correction), avait cette réplique en horreur. « voilà l’origine du mal… le péché originel… voilà la pomme que nous n’aurions jamais du croquer… » s’était-il écrié devant les 500 cadres les mieux payés du groupe. Il cherche des yeux le Corporate VP des Ressources Humaines :
« Vous ! crie-t-il presque, accusateur, savez vous d’où vient le problème ? Le problème vient du fait que nous payons trop chers des individus qui créent peu de valeur dans l’entreprise. Nous avons trop de plantes vertes dans notre entreprise. Ce n’est d’ailleurs plus une entreprise… mais une gigantesque serre qu’il m’est donné de présidé. »
Le Corporate VP se laissait couler dans son fauteuil… il aurait fait offrande de sa femme à Strauss Kahn pour être ailleurs… dans l’espace et le temps.
« Notre problème, c’est que nous avons trop de boulons interchangeables dans cette entreprises. Je ne veux pas de boulons. Je veux des cerveaux. Des gens capables d’apporter des solutions à des problèmes complexes… des gens capables de me regarder dans les yeux et de me dire « on devrait changer ça… ça ne marche pas »… des rebelles quoi… des pirates… pas des beni oui oui incapables de prendre leur courage à deux mains et de dire à l’Empereur qu’il est nu »
« Puisque tous ces boulons ne créent pas de valeur et qu’on les paie une fortune à exécuter des tâches d’administratifs dépourvus d’imagination… qu’on externalise ses tâches à faible valeur ajoutée vers des pays à bas coût »
Et voilà le roman de ces 15 dernières années. Roman simplifié, certes, mais loin d’être simpliste. Voilà pourquoi Mamad’ a reçu une lettre de licenciement aussi sèche que son compte en banque.
Les grandes entreprises sont mortes. Elles étouffent en leurs seins les futures stars du business. Elles tuent dans l’œuf les ambitions. Elles imposent des grilles salariales pour standardiser la progression de ta rémunération… pour paver le chemin de ton évolution… avant d’aller de A à F il faut passer par B, C, D et E. Pas d’exception à la règle. Après être passé sur le billard du CAC 40 pour une ablation de la glande créative et une castration en règle du Manche (l’organe responsable de prises de risques excessives), tu deviendras un eunuque du business… comme le sont 98% des businessmen élevés à l’école des affaires françaises.
Entre une start up et une entreprise du CAC, choisis toujours la start up.
Entre un job en France et un job à l’étranger (fut-ce à Oulan Bator), préfère toujours les steppes mongoles.
Tu apprendras plus. Tu feras plus de mailles. Tu t’amuseras plus.
13 commentsPOURQUOI EVITER LES ENTREPRISES DU CAC 40? (Partie 1/2)

Les temps sont durs. C’est un truisme que de le dire…
C’est vrai… nous avons tous statistiquement dans notre entourage une personne qui mène un véritable Djihad dans sa recherche d’emploi. Le mot Djihad, même s’il est négativement connoté dans l’imaginaire collectif stupide, est choisi à dessein puisque sa racine même (jahada) signifie « accomplir un effort »… et force est de constater que la débauche d’énergie déployée par ton frère, ta sœur ou ton shab du quartier laisse à penser que trouver un taff aujourd’hui revient à nettoyer les écuries d’Augias. Toute ma compassion va à ces jeunes diplômés qui, une fois leurs précieux sésames en poche se démènent comme des Djinns pour avoir la chance de recevoir une fiche de paie dont l’entête serait frappé du logo des Total, EDF, Saint Gobain ou leurs autres frères de lait du CAC.
Comment se déroule cette quête du Saint-Graal en général ? Voici ce que l’expérience (la mienne) montre :
Un jeune renoi à la tête bien faite, élégant de sa personne, diplômé d’un solide Bac+5 se décide à mettre en place une stratégie d’attaque simple mais qu’il pense redoutable (après tout… c’est ce qu’on t’enseigne dans des stages intensifs de recherche d’emploi chez feu l’ANPE). Il a revêtu la veste à épaulettes frangées du Général qui s’apprête à partir en campagne, ressorti son Von Clausewitz qu’il a consciencieusement relu et annoté pour échafauder ses plans :
Etape 1 : construire une catapulte.
La catapulte de celui qui recherche un emploi c’est son CV. Il a appris à écrire un « CV impactant » en assistant à un séminaire en banlieue parisienne où le gourou du CV s’est révélé être un ancien Marabout Sénégalais qui s’était rendu compte que plumer de crédules âmes en détresse en leur promettant de leur « ramener l’amour perdu, la chance, la fortune » était moins rentable et plus risqué que de guérir le manque de confiance chronique des chercheurs d’emplois. Il avait abandonné la vente de talismans quand il s’était rendu compte que le CV en était un bien plus puissant… un objet symbolique que certains investissaient des même pouvoirs qu’une khamssa. Notre jeune renoi se sentait armé de ce côté-là.
Etape 2 : viser l’ennemi et le bombarder sans relâche.
Après avoir envoyé son CV insipide à toutes les entreprises du CAC 40 (« parce que, Samir, t’as vu… ça fait bien sur un CV d’avoir taffer pour une grosse boîte »). Notre jeune renoi a été généreux dans le nombre d’emails envoyés, de candidatures spontanées, de réponses à des offres lues sur le site de l’Apec. Il n’est pas du genre à faire les choses à moitié : comme il est un peu obsessionnel compulsif, il envoie toujours deux fois sa candidature pour une même offre (« juste au cas où, Samir.. » ). Il est du genre à porter le bénard avec une ceinture ET des bretelles… brave petit
Etape 3 : Parlementer avec l’ennemi et essayer de parvenir à un accord de paix.
Le jeune candidat a bien appris sa leçon : son CV a été évalué comme étant tout à fait « corporate » (lire inodore, incolore et sans saveur). Il est donc invité à la table des négociations plus connue sous le nom d’entretien d’embauche dans le jargon RH. Notre jeune Mamad’ (diminutif de Mamadou), glorieux homonyme du Niang de l’OM, avait compris les règles du jeu :s’ il avait été invité à cet entretien, c’est uniquement parce que son CV transpirait l’ennui par tous les pores de la cellulose sur lequel il était imprimé… et que son profil, qu’il avait pris soin de “lisser”, semblait passe-partout: même la couleur de sa peau est dans l’air du temps… Obamania oblige. On le l’a pas sélectionné parce qu’il était particulièrement créatif… on se foutait, par exemple, qu’il avait aidé à la propagande du JR&M FUND en distribuant le Manifeste de l’Equation Secrète aux députés UMPutes d’Ile de France… on avait pas besoin de révolutionnaires… on avait simplement besoin d’une variable d’ajustement… d’un nouveau boulon dans la gigantesque machine qu’était l’entreprise. Mamad’ comprenait qu’il devait laissé sa personnalité à la porte comme il l’avait fait de son manteau acheté en solde chez Zara. Par conséquent, Mamad’, sage comme une image, s’était employé à donner les réponses qu’il savait être celles que cette sévère recruteuse voulait entendre. Il avait fait attention à ne pas dépasser en coloriant ses répliques en carton… toutes imbibées du lourd parfum “Very Politically Correct” de Givenchy. Il savait pertinemment que cette sentinelle femelle avaient pour mission de ne recruter que les éléments qui se fondraient dans le moule de l’entreprise. Pas les racailles du business… autrement connues sous le nom de “change agents”… ces dérangé(e)s psychologiques qui ne se satisfont jamais du statu quo. On ne veut pas de ces bandes malfaisantes dans nos bureaux… cela troublerait la stabilité que tous chérissent dans l’entreprise… d’ailleurs, la devise du CEO n’est-elle pas “travaillons tous la main dans la main pour que demain soit un autre hier”? Le ton est donné… Mamad’ se le tient pour dit et agit en conséquence.
Les consignes étaient claires et constituaient une sainte Trinité érigée au rang de dogme au département RH :
1. Pas de personnalités trop fortes.
2.Pas d’aspérités trop visibles dans le caractère de l’individu .
3. Recrutez comme si vous alliez acheter une plante d’appartement… car c’est cela que notre entreprise recherche : une plante silencieuse qui n’a pas besoin de trop d’eau (lire salaire) ni de lumière (lire ambition) pour survivre.
Etape 4 : Parapher l’accord de paix.
Mamad’ avait reçu le contrat. Il aurait signé des deux mains s’il avait pu. Il était aux anges. Victoire totale. Hat Trick ! Home Run ! Flawless victory !
Jusqu’ici tout allait bien…jusqu’au jour où l’actuel CEO, sous fonds de malversations financières et de parachute doré fut donné en pâture aux médias et à l’opinion publique par un Etat actionnaire soucieux de faire un exemple. Le nouveau CEO, un britannique, avait une toute autre idée de l’entreprise.
La révolte couvait au conseil d’administration…
4 commentsPOT DE COLLE

Tu aimerais employer les grands moyens et le/la poursuivre pour harcèlement ? Suspends ta plume et raccroche ce téléphone portable. Je vais te faire économiser de coûteux honoraires d’avocats.
On a tous fait cette rencontre malheureuse dans notre vie : ce stagiaire glutineux qui parce qu’il veut apprendre, fait du « sitting » devant la porte de ton bureau (si seulement c’était une stagiaire). Ou, pour ces ladies, ce gluant amoureux transi, plus visqueux qu’un mauvais pot de gel « fixation extrême », qui trouve les prétextes les plus futiles pour faire livrer des bouquets de roses à ton bureau ou t’écrire des lettres enflammées (souviens-toi, la dernière c’était pour fêter vos 15 jours d’amour à sens unique).
Quand Mansur devint le second Calife de la dynastie Abbasside, plusieurs « pots de colle » qui l’avaient aidé dans son ascension au pouvoir vinrent se rappeler à ses bons souvenirs. Chacun essayant de se faire payer le modeste service rendu des années auparavant.
Souviens toi Ô Mansur, quand tu es passé à la maize et que je t’ai donné une datte ! Souviens-toi de ma générosité d’alors !
Un Calife, descendant de la noble lignée des Quraysh, se devait de renvoyer l’ascenseur : il en allait du code de la chevalerie arabe. L’un de ses « mécènes » du passé, nommé Azhar (rien avoir avec la prestigieuse Université du Caire), lui offrit l’hospitalité à plusieurs reprises avant que Mansur soit « l’ombre d’Allah » sur Terre. Azhar était l’exemple typique de ces courtisans collants qui poussait le bouchon « un peu trop loin Maurice ». Lors de sa première visite au Calife, ce dernier lui fit don de 4000 dirhams pour qu’Azhar puisse rembourser ses dettes et financer le mariage de son fils. Quand il eut reçut l’argent, on lui fit comprendre de ne plus jamais revenir au Palais. Mais Azhar revint, prétextant les meilleures intentions du monde : celles de se rappeler aux bons souvenirs du Calife et de prier sur lui. Encore une fois, Mansur lui fit remettre de l’argent en lui demandant expressément de ne plus revenir ni pour demander de l’argent, ni pour appeler la bénédiction d’Allah sur le Calife.
Mais Azhar revint….
Mansur (agacé) : Que veux tu, chien…
Azhar : Ô Mansur, noble Calife, Commandeur des Croyants, Glaive d’Allah, Soleil de la Royauté, Défenseur de l’Islam…je suis venu te voir pour apprendre de toi une prière que de pieux ascètes m’ont dit que toi-seul connaissais…
Mansur : A quoi bon te l’apprendre, répondit le Calife, puisque cette prière n’a pas été exaucée : j’ai invoqué Dieu pour qu’il t’empêche à jamais de revenir ici… et te voilà.
3 commentsPRENDRE LE TEMPS (Partie 3/4)

Kamel avait été ponctuel. Quand Florian et moi étions arrivés au RDV, l’échiquier était déjà près : les pièces soigneusement placées sur leurs cases réglementaires. Florian, garçon bien élevé, tendit une main qui resta suspendue dans l’air.
Kamel : Vas-y joue toi…
Le ton était donné. Pas de salutations, ni de discussions préliminaires : Kamel était là pour jouer… et rien d’autre. Et nique sa mère la politesse. Il avait même pris l’initiative (il contrôlait les blancs) et avait avancé son pion de deux cases. Son apparente confiance était celle de celui qui, sûr de sa force, voulait en découdre au plus vite pour réparer l’injustice de ne pas être reconnu à sa juste valeur par son monde. Il fallait mettre fin à ce déséquilibre cosmique qui avait mis sur le podium du quartier un usurpateur (moi) et rendre ses lauriers à « Jules Kamel ». En bon mathématicien qu’il était, Kamel voulait rééquilibrer une équation qui avait été faussée par un contrefacteur de l’algèbre (encore moi). Il en allait de sa paix intérieure…un peu comme ces obsessionnels compulsifs obsédés par la symétrie et l’ordre de leur Univers qui, quand ils marchent sur du carrelage prennent toutes les précautions du monde pour ne poser leurs pieds que sur les carreaux sans en toucher les joints.
Samir : Pourquoi c’est toi qui prends les blancs ? (m’adressant ensuite à Florian)… vas-y prends les blancs Florian.
Kamel : Non ! C’est moi qui prends les blancs !
Samir : Pourquoi ? Tu sais pas jouer avec les noirs ? (j’éclate de rire, m’adressant toujours à Florian)… et ça dit savoir jouer aux échecs. Vas-y Florian prends les noirs, il a peur.
Kamel : C’est bon… c’est bon… je prends les noirs
On avait fait pivoter l’échiquier : la partie pouvait maintenant commencer. Comme je te le disais ici, Florian était un petit génie des échecs… il jouait dans de grandes compétitions régionales et nationales. Il voulait même apprendre le russe pour pouvoir comprendre le langage des grands maîtres de la discipline. Il ne craignait personne une fois assis devant 64 cases. C’était son terrain de jeu, son monde… son île ! De sept à septante sept ans, ils les pliait tous, son propre père y compris. Je n’avais donc pas l’ombre d’un doute sur l’issue de la partie… et en effet, après seulement 5 minutes…
Florian : Echec et Mat.
Kamel était incrédule… j’étais parti d’un rire hystérique… un rire de hyène (comme seuls les gamins du quartier savent les faire pour faire enrager ceux dont ils se moquent).
Samir : Mais t’es un hmar !!! Oh !! Même pas je suis parti taper la bise à Benetton*que tu t’es fait défoncer ! Wallah je suis comme un dingue. Je pars… je reviens et déjà tu t’es fait retourner ta maman ?! Mais t’es un âaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaneuuuuuuuu.
Kamel (très énervé et s’adressant directement à Florian) : Vas y viens on rejoue fils de pute
Samir : Oh ! Oh ! Parle bien avec mon shab. Prends pas la mort… il t’a défoncé. Rien que pour ça tu dois l’appeler monsieur.
Kamel n’écoutait plus, il avait déjà remis les pièces à leurs positions initiales.
Kamel : Joue !
Florian : D’accord…
5 minutes plus tard
Florian : Echec et Mat.
Kamel était devenu fou. Je me moquais encore plus de sa tête… je prenais à témoin les mères du quartier qui revenaient du marché, alourdies de kilos de fruits et légumes, qui riaient de mes imitations comiques du pauvre garçon en détresse. Ce n’était certes, dans l’intention, pas le rire complice qui mettrait du sel sur les plaies, mais cela ne faisait aucune différence aux oreilles de Kamel que la colère rongeait de l’intérieur. Cette colère lui faisait perdre son calme… il commençait à faire des erreurs de débutant… au lieu de perdre en 20 coups, il s’inclinait au bout de 10… il replaçait les pièces après chaque mise à mort de son Roi… inlassablement…il marmonnait dans le fonds de sa moustache… six parties s’écoulèrent sans que Kamel ait pu mettre Florian en difficulté. Six parties qui le mirent sur les rotules.
Il était maintenant « al dente »
Samir : Bon Florian pousse toi, ma mère m’attend pour manger. Je vais en finir avec lui.
Kamel était tellement absorbé dans sa reflexion que je crois qu’il ne se rendit même pas compte du changement d’adversaire. La partie fut facile… vraiment facile. Complètement chamboulé par la puissance de feu de Florian, Kamel avait essayé de changer radicalement sa façon de jouer, il était maintenant enfermé dans un paradigme qu’il ne maîtrisait pas. Une aubaine pour moi… un présent empapilloté d’un ruban rouge… comme celui que l’instit’ allait me passer au cou et qui soutenait la médaille d’or. J’avais plié la partie.
Samir : Bon je vais manger… t’en touches pas une aux échecs wallah.
Kamel n’a, à ma connaissance, plus touché une pièce en bois depuis cette fameuse journée.
*Benetton était la plus belle fille du quartier. Elle avait 15 ans. C’était notre Monica Bellucci. Italienne par sa maman, Algérienne par son papa, elle traînait dans son sillage une cohorte de jouvenceaux en Nike Air qui fleurissait ses pas de têtes de marguerite et de papiers de Carambar. On l’appelait Benetton parce qu’elle portait souvent des T-shirt de cette marque.
19 commentsPRENDRE LE TEMPS (Partie 2/4)

Kamel était trop fort pour moi. Je devais me rendre à l’évidence. Cependant je ne pouvais ignorer le dard de l’orgueil qui aiguillonnait mes pensées. Allais-je laisser échapper le titre au profit d’un minot à la dentition « Joey-Staresque » ? Où allais-je faire preuve de ce sursaut d’amour propre dont le défaut est, à cet âge, et dans ces quartiers, la marque de ceux qui mangent des chips au porc ?
La réponse s’imposa d’elle-même. A défaut d’avoir la même force que Kamel dans mes ouvertures sur l’échiquier, j’allais user de ma ruse toute enfantine, qui est la force de ceux qui ont de l’esprit (attends je me fais un petit bisou sur la main là…)
Après m’être assurer auprès de notre instit’ que la date et l’heure de la finale était laissées à l’appréciation des deux finalistes (Kamel et ton humble serviteur), j’ai d’abord pratiqué la stratégie de l’évitement :
Mourad : Oh Samir Kamel il te cherche partout !
Samir : Ah bon ? Il veut quoi ?
Mourad : Ben il veut jouer la finale contre toi !
Samir : Moi aussi j’ai envie de la jouer cette finale… mais comme par hasard, quand je veux la jouer il est jamais là !
Deux semaines s’écoulèrent (c’était les vacances de Pâques). A la rentrée, Kamel avait fondu sur moi comme une balle de gros calibre.
Kamel : Oh ! Tu retailles ou quoi ? Viens, on joue la finale là. Ca fait trop longtemps que je t’attends !
Samir : Pas de problèmes. Mais je ne pense pas que tu sois vraiment à mon niveau. J’ai voulu te laisser un peu de temps pour t’entraîner, parce que pour moi, il ne fait aucun doute que je vais te manger ta mère
Kamel (énervé) : Ben viens on joue…. Viens !!
Samir : Tu connais Florian ?
Kamel : C’est qui celui là ?
Samir : C’est un bon joueur d’échecs. Moins bon que moi, certes, mais un assez bon joueur pour te remettre à ta place. Je l’ai battu à plusieurs reprises pendant les vacances. Il ne m’a jamais gagné. Il s’entraîne avec moi parce qu’il participe à des tournois régionaux. C’est un génie ce mec. Si tu le bats, on joue ensemble. A moins que t’aies peur…
Kamel : Ramène le ton Florian… wallah je vais le défoncer. Et après je te défonce.
Samir : OK. Vas-y samedi, devant la table de Ping Pong.
Florian était effectivement un vrai compétiteur dans le monde des échecs. Il habitait un quartier voisin plus tranquille. Je le connaissais au travers de la MJC où je venais jouer aux échecs avec des « grands ». Son père, Guy, tenait l’atelier échec. J’avais « acheté » Florian en échange de ma protection quand il passait dans mon quartier… et ouais… c’était pas sûr pour un petit garçon pâlichon de passer par chez nous. Il avait maintenant une sorte d’impunité. En échange il devait dire que j’étais son Maître à penser une fois assis devant les 64 cases… qu’il m’admirait… et que je le montais en l’air partie après partie. Tu t’en doutes bien, rien n’était plus éloigné de la réalité : je crois avoir joué une vingtaine de fois contre Florian… pour autant de défaites cuisantes. Mais là n’est pas le problème. Florian allait être mon piège à ours…
et avec ses pulls sales de Winnie l’Ourson qu’il mettait tout le temps, Kamel était la victime toute désignée de mon stratagème…
17 commentsPRENDRE LE TEMPS (Partie 1/4)

Prendre le temps.
Dans le contexte actuel cela peut paraître puéril de vouloir aspirer à une telle chose.
A l’ère de la nanoseconde et de la jouissance instantanée… à l’ère des séries cultes produites par HBO qui ont détrôné les blockbusters hollywoodiens trop longs et complètement inadaptés au mode de vie de ces nouveaux consommateurs à qui il faut tout, tout de suite… comment convaincre ce consommateur boulimique, à l’appétit insatiable, qui veut tout gouter, tout sentir et tout toucher en même temps, de s’arrêter un tout petit peu et de réfléchir ?
Comment attirer l’attention de ce consommateur devenu un sultan ventripotent, gavé et gâté et qui a le luxe suprême d’une infinité de choix à sa disposition… à peine t’es-tu adresser à lui que sa langue, tranchante comme une lame de rasoir, menace: « tu as 5 secondes pour changer ma vie… je t’écoute….pfffffff… trop long… ennuyeux….casse-couille même… Où est la télécommande ? »
Qui aurait pu croire que Don Quichotte, le héros maboul de Cervantes eut pu avoir raison quand il disait doctement qu’il fallait savoir « donner du temps au temps ». Et pourtant ma gueule… la maîtrise du temps est une des armes les plus redoutables en négociation. Celui (et souvent « celle » quand il s’agit du jeu de séduction) qui a asservi le sablier, possède un pouvoir absolu sur ses semblables.
Comme il n’est de meilleure façon de transmettre l’idée que par une belle histoire, je vais te raconter celle qui m’est arrivée quand j’étais encore à l’école primaire. Elle remonte à bien longtemps, mais la leçon que j’en ai tiré m’a accompagné ma vie durant.
Quand j’étais en CM1 nous avions un instituteur passionné de jeu d’échecs. Un jour, on ne sait pas d’où ça lui est venu, il s’est mis à vouloir nous apprendre les règles du « jeu des rois et du roi des jeux ». Nos petites cervelles préféraient les dames… beaucoup plus simple… facile à apprendre… les échecs c’était ardu : chaque pièce bougeait différemment, il y avait des mouvement particuliers comme le roc, le cavalier qui se déplaçait en L et pouvait sauter d’autres pièces, la Reine omnipotente qui pouvait faire ce qu’elle voulait (un peu comme les meufs aujourd’hui… même si ce n’est qu’une douce illusion savamment entretenue :) ) et les pions qui pouvaient soit être le dommage collatéral d’une stratégie du sacrifice, soit être récompensé pour leur bravoure en atteignant l’autre versant de l’Echiquier et se transformer en n’importe quelle autre pièce (en général une Reine… sauf à vouloir se la raconter).
Bizarrement, nous commencions tous à prendre goût à ce jeux… la classe entière s’était même passionnée pour ce nouveau passe temps qui nous avait éloigné (pour un temps en tout cas) de La Bonne Paie, du Monopoly, du Jeu de l’Oie et des jeux de cartes du quartier qui finissaient toujours mal (gage oblige). Je faisais partie de ceux qui s’étaient vraiment épris des échecs. C’en était devenu une obsession… je jouais comme un fou… j’avais même demandé à mon père de m’acheter un jeu sur lequel je m’entraînais avec mon petit frère, que je pliais en dix-huit à chaque partie… (Je ne lui avais appris la parade au Coup du Berger qu’après le cinquième Mat… je sais… je suis cruel… mais seule la victoire est belle).
Après quelques mois, notre instituteur, si fier de nous avoir communiqué sa passion, décida d’organiser un tournoi d’échec dans la classe. L’enjeu ? La gloire bien entendu… le privilège de dire « c’est moi le plus fort de la classe »… mais aussi trois médailles olympiques (at least for us) en bronze, en argent et en or. Je m’étais taillé une réputation de nettoyeur dans la classe… j’étais le joueur que l’on craignait… l’homme à abattre… le Gary Kasparov qui mangeait des casse dalle au thon à la catalane. A l’annonce des prix qui étaient mis en jeu, je me souviens que plusieurs de mes shabs s’étaient exclamés, un peu désabusés : « c’est bon… Zebi… on sait que c’est Samir qui va gagner la médaille d’or ». Je jubilais… j’étais aux anges… je savais que j’étais le meilleur joueur d’échec de ma classe et cette médaille était pour moi une belle façon d’officialiser ma domination sur la discipline… d’asseoir une réputation qui n’était plus à faire… et dès le début je frappais fort, j’anéantissais la concurrence avec l’agilité de mes deux cavaliers (mon arme favorite) en prenant en « fourchette » leurs pièces maîtresses… je brisais en mille morceaux leur stratégie (quand ils en avaient une)… je me voyais déjà gagner la médaille d’or…
jusqu’à…
jusqu’à ce que Kamel Boubakri explose. Kamel était le genre de gamin du quartier taciturne, un peu autiste, habillé comme son père (tout en velours) mais qui n’avait que des 15/10 en maths. Le genre de gars qui résolvait des problèmes d’algèbre quand toi tu passais ta vie sur ta super nintendo. Bref… le Cortex dans Minus et Cortex…
Kamel avait mis du temps à s’intéresser aux Echecs…. mais quand il s’y est intéressé… pousse toi de devant… plus personne ne pouvait plus l’arrêter. Avec son cerveau de savant fou, il était plus précis que Météo France pour prévoir tes trois prochains coups et commençait (à ma plus grande inquiétude) à faire la pluie et le beau temps sur cette compétition. Kamel était sur de lui… c’était devenu une machine à gagner… une moissonneuse-batteuse qui avalait les petits gabarits du tournoi un à un… quand je le voyais jouer, j’avais les foies… un peu comme Sylvester Stallone dans Rocky IV quand il avait vu son pote Appolo Creed se faire désosser par le grizzli Ivan Drago. J’étais déjà qualifié pour la finale et je matais la demi-finale qui opposait Kamel à Bilal. Je me souviens que Kamel l’avait avalé tout cru… sans même prendre le temps (ou la politesse) de le mastiquer… Kamel était l’assurance même. Je m’en souviens comme si c’était hier : après avoir fait son 4 heures de Bilal, il s’était saisi d’un choco BN, me regarda dans les yeux et le dévora de ses dents qui avaient oublié jusqu’à l’existence du dentifrice… « t’es le prochain » m’avait-il dit. C’en était fini pour ma gueule… Dieu me punissait pour mon arrogance. J’allais finir deuxième d’une compétition que je pensais être acquise… « Cheh pour ta gueule »… m’étais-je dis…
Puis me vint une idée… une idée de Chaytane.
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