
Prendre le temps.
Dans le contexte actuel cela peut paraître puéril de vouloir aspirer à une telle chose.
A l’ère de la nanoseconde et de la jouissance instantanée… à l’ère des séries cultes produites par HBO qui ont détrôné les blockbusters hollywoodiens trop longs et complètement inadaptés au mode de vie de ces nouveaux consommateurs à qui il faut tout, tout de suite… comment convaincre ce consommateur boulimique, à l’appétit insatiable, qui veut tout gouter, tout sentir et tout toucher en même temps, de s’arrêter un tout petit peu et de réfléchir ?
Comment attirer l’attention de ce consommateur devenu un sultan ventripotent, gavé et gâté et qui a le luxe suprême d’une infinité de choix à sa disposition… à peine t’es-tu adresser à lui que sa langue, tranchante comme une lame de rasoir, menace: « tu as 5 secondes pour changer ma vie… je t’écoute….pfffffff… trop long… ennuyeux….casse-couille même… Où est la télécommande ? »
Qui aurait pu croire que Don Quichotte, le héros maboul de Cervantes eut pu avoir raison quand il disait doctement qu’il fallait savoir « donner du temps au temps ». Et pourtant ma gueule… la maîtrise du temps est une des armes les plus redoutables en négociation. Celui (et souvent « celle » quand il s’agit du jeu de séduction) qui a asservi le sablier, possède un pouvoir absolu sur ses semblables.
Comme il n’est de meilleure façon de transmettre l’idée que par une belle histoire, je vais te raconter celle qui m’est arrivée quand j’étais encore à l’école primaire. Elle remonte à bien longtemps, mais la leçon que j’en ai tiré m’a accompagné ma vie durant.
Quand j’étais en CM1 nous avions un instituteur passionné de jeu d’échecs. Un jour, on ne sait pas d’où ça lui est venu, il s’est mis à vouloir nous apprendre les règles du « jeu des rois et du roi des jeux ». Nos petites cervelles préféraient les dames… beaucoup plus simple… facile à apprendre… les échecs c’était ardu : chaque pièce bougeait différemment, il y avait des mouvement particuliers comme le roc, le cavalier qui se déplaçait en L et pouvait sauter d’autres pièces, la Reine omnipotente qui pouvait faire ce qu’elle voulait (un peu comme les meufs aujourd’hui… même si ce n’est qu’une douce illusion savamment entretenue :) ) et les pions qui pouvaient soit être le dommage collatéral d’une stratégie du sacrifice, soit être récompensé pour leur bravoure en atteignant l’autre versant de l’Echiquier et se transformer en n’importe quelle autre pièce (en général une Reine… sauf à vouloir se la raconter).
Bizarrement, nous commencions tous à prendre goût à ce jeux… la classe entière s’était même passionnée pour ce nouveau passe temps qui nous avait éloigné (pour un temps en tout cas) de La Bonne Paie, du Monopoly, du Jeu de l’Oie et des jeux de cartes du quartier qui finissaient toujours mal (gage oblige). Je faisais partie de ceux qui s’étaient vraiment épris des échecs. C’en était devenu une obsession… je jouais comme un fou… j’avais même demandé à mon père de m’acheter un jeu sur lequel je m’entraînais avec mon petit frère, que je pliais en dix-huit à chaque partie… (Je ne lui avais appris la parade au Coup du Berger qu’après le cinquième Mat… je sais… je suis cruel… mais seule la victoire est belle).
Après quelques mois, notre instituteur, si fier de nous avoir communiqué sa passion, décida d’organiser un tournoi d’échec dans la classe. L’enjeu ? La gloire bien entendu… le privilège de dire « c’est moi le plus fort de la classe »… mais aussi trois médailles olympiques (at least for us) en bronze, en argent et en or. Je m’étais taillé une réputation de nettoyeur dans la classe… j’étais le joueur que l’on craignait… l’homme à abattre… le Gary Kasparov qui mangeait des casse dalle au thon à la catalane. A l’annonce des prix qui étaient mis en jeu, je me souviens que plusieurs de mes shabs s’étaient exclamés, un peu désabusés : « c’est bon… Zebi… on sait que c’est Samir qui va gagner la médaille d’or ». Je jubilais… j’étais aux anges… je savais que j’étais le meilleur joueur d’échec de ma classe et cette médaille était pour moi une belle façon d’officialiser ma domination sur la discipline… d’asseoir une réputation qui n’était plus à faire… et dès le début je frappais fort, j’anéantissais la concurrence avec l’agilité de mes deux cavaliers (mon arme favorite) en prenant en « fourchette » leurs pièces maîtresses… je brisais en mille morceaux leur stratégie (quand ils en avaient une)… je me voyais déjà gagner la médaille d’or…
jusqu’à…
jusqu’à ce que Kamel Boubakri explose. Kamel était le genre de gamin du quartier taciturne, un peu autiste, habillé comme son père (tout en velours) mais qui n’avait que des 15/10 en maths. Le genre de gars qui résolvait des problèmes d’algèbre quand toi tu passais ta vie sur ta super nintendo. Bref… le Cortex dans Minus et Cortex…
Kamel avait mis du temps à s’intéresser aux Echecs…. mais quand il s’y est intéressé… pousse toi de devant… plus personne ne pouvait plus l’arrêter. Avec son cerveau de savant fou, il était plus précis que Météo France pour prévoir tes trois prochains coups et commençait (à ma plus grande inquiétude) à faire la pluie et le beau temps sur cette compétition. Kamel était sur de lui… c’était devenu une machine à gagner… une moissonneuse-batteuse qui avalait les petits gabarits du tournoi un à un… quand je le voyais jouer, j’avais les foies… un peu comme Sylvester Stallone dans Rocky IV quand il avait vu son pote Appolo Creed se faire désosser par le grizzli Ivan Drago. J’étais déjà qualifié pour la finale et je matais la demi-finale qui opposait Kamel à Bilal. Je me souviens que Kamel l’avait avalé tout cru… sans même prendre le temps (ou la politesse) de le mastiquer… Kamel était l’assurance même. Je m’en souviens comme si c’était hier : après avoir fait son 4 heures de Bilal, il s’était saisi d’un choco BN, me regarda dans les yeux et le dévora de ses dents qui avaient oublié jusqu’à l’existence du dentifrice… « t’es le prochain » m’avait-il dit. C’en était fini pour ma gueule… Dieu me punissait pour mon arrogance. J’allais finir deuxième d’une compétition que je pensais être acquise… « Cheh pour ta gueule »… m’étais-je dis…
Puis me vint une idée… une idée de Chaytane.










2 March 2009
tu as soudoyé ton competitor?
2 March 2009
Ben… On va prendre le temps de lire la suite…!
2 March 2009
Que vous soyez interresses par les echecs ou non, je recommande vivement la lecture de ce court mais percutant livre de Zweig:
http://www.amazon.fr/joueur-d%C3%A9checs-Stefan-Zweig/dp/2091875120/ref=sr_1_2?ie=UTF8&s=books&qid=1236035362&sr=8-2
Disponible gratuitement ici:
http://www.ebooksgratuits.com/pdf/zweig_joueur_echecs.pdf
3 March 2009
Hahaha ça parait mal barré mon pauvre Samir… :)
3 March 2009
Hey,
Tant que cela ne finit pas comme un remake de l’enfance d’Obadia Stane…
A.
3 March 2009
Demander de prendre le temps et d’attendre tranquillement la suite à une impatiente comme moi c’est trop :-)
Samir vite la suite STP ;-)
3 March 2009
une idée sur la suite : je pense à une partie entre Samir et son Prof et une partie simultannée avec L’intello et faire les coups du prof à l’intello et vice et versa . samir est un intermediaire => du coup c’est l’intello qui joue contre le prof et Samir balaye l’intello puisque le prof est plus fort !
classement :
Prof 1er ( normal c’est le prof )
Samir 2nd ( normal c’est l’escroc )
kamel l’intello 3eme ( normal c’est un autiste )
3 March 2009
A la manière d’un bon Lost ou “Prison Break”, tu sais jouer avec le suspense. Bon j’attends avec impatience le second épisode.
3 March 2009
DD: nope…
Sam: merci pour le lien. J’ai cliqué par curiosité sur le lien qui m’a amené au PDF. J’ai avalé le livre entre midi et deux… ça se boit comme un diet coke ce livre
Thibault: t’inquitètes…
Andy: C’est qui Obama machin?
Souad: Patience jeune fille… :)
A.M: a’oudhou billah. c toi le chaytane!
Nabil: “Lost” forever… aucune série ne lui arrive à la cheville.
3 March 2009
Tiens ma gueule,
http://en.wikipedia.org/wiki/Iron_Monger
Regardes Early years.
Souvenirs …
A.
3 March 2009
ben quoi Mr Samir on renie ça vraie nature , espèce de SHARK ! ( sourire )
3 March 2009
Ah mince, on a déjà la chute…”j’avais les foies… un peu comme Sylvester Stallone dans Rocky IV quand il avait vu son pote Appolo Creed se faire désosser par le grizzli Ivan Drago”
parce que Rocky, même face à un grizzli désosseur qui vote communiste, il gagne.
23 March 2009
@ Sam
Merci pour le lien, comme le disait Samir ca se boit comme du diet coke :p
La preuve qu’entre la folie et le génie il n’y a qu’un pas.