
Kamel était trop fort pour moi. Je devais me rendre à l’évidence. Cependant je ne pouvais ignorer le dard de l’orgueil qui aiguillonnait mes pensées. Allais-je laisser échapper le titre au profit d’un minot à la dentition « Joey-Staresque » ? Où allais-je faire preuve de ce sursaut d’amour propre dont le défaut est, à cet âge, et dans ces quartiers, la marque de ceux qui mangent des chips au porc ?
La réponse s’imposa d’elle-même. A défaut d’avoir la même force que Kamel dans mes ouvertures sur l’échiquier, j’allais user de ma ruse toute enfantine, qui est la force de ceux qui ont de l’esprit (attends je me fais un petit bisou sur la main là…)
Après m’être assurer auprès de notre instit’ que la date et l’heure de la finale était laissées à l’appréciation des deux finalistes (Kamel et ton humble serviteur), j’ai d’abord pratiqué la stratégie de l’évitement :
Mourad : Oh Samir Kamel il te cherche partout !
Samir : Ah bon ? Il veut quoi ?
Mourad : Ben il veut jouer la finale contre toi !
Samir : Moi aussi j’ai envie de la jouer cette finale… mais comme par hasard, quand je veux la jouer il est jamais là !
Deux semaines s’écoulèrent (c’était les vacances de Pâques). A la rentrée, Kamel avait fondu sur moi comme une balle de gros calibre.
Kamel : Oh ! Tu retailles ou quoi ? Viens, on joue la finale là. Ca fait trop longtemps que je t’attends !
Samir : Pas de problèmes. Mais je ne pense pas que tu sois vraiment à mon niveau. J’ai voulu te laisser un peu de temps pour t’entraîner, parce que pour moi, il ne fait aucun doute que je vais te manger ta mère
Kamel (énervé) : Ben viens on joue…. Viens !!
Samir : Tu connais Florian ?
Kamel : C’est qui celui là ?
Samir : C’est un bon joueur d’échecs. Moins bon que moi, certes, mais un assez bon joueur pour te remettre à ta place. Je l’ai battu à plusieurs reprises pendant les vacances. Il ne m’a jamais gagné. Il s’entraîne avec moi parce qu’il participe à des tournois régionaux. C’est un génie ce mec. Si tu le bats, on joue ensemble. A moins que t’aies peur…
Kamel : Ramène le ton Florian… wallah je vais le défoncer. Et après je te défonce.
Samir : OK. Vas-y samedi, devant la table de Ping Pong.
Florian était effectivement un vrai compétiteur dans le monde des échecs. Il habitait un quartier voisin plus tranquille. Je le connaissais au travers de la MJC où je venais jouer aux échecs avec des « grands ». Son père, Guy, tenait l’atelier échec. J’avais « acheté » Florian en échange de ma protection quand il passait dans mon quartier… et ouais… c’était pas sûr pour un petit garçon pâlichon de passer par chez nous. Il avait maintenant une sorte d’impunité. En échange il devait dire que j’étais son Maître à penser une fois assis devant les 64 cases… qu’il m’admirait… et que je le montais en l’air partie après partie. Tu t’en doutes bien, rien n’était plus éloigné de la réalité : je crois avoir joué une vingtaine de fois contre Florian… pour autant de défaites cuisantes. Mais là n’est pas le problème. Florian allait être mon piège à ours…
et avec ses pulls sales de Winnie l’Ourson qu’il mettait tout le temps, Kamel était la victime toute désignée de mon stratagème…










4 March 2009
LOL !
Me dit pas que ça a marché, que Kamel s’est pris une raclée et à déclaré forfait pour la finale ? xD
En tout cas, que ça ait marché ou pas c’était bien trouvé.
4 March 2009
hmm espèce d’escroc !
4 March 2009
Nari Samir t’étais (tu es ?) un vrai chaytan !
Dis moi si t’étais en CM1 tu devais avoir autour des 9 ans ? Comment une idée aussi diabolique peut traverser la tête d’un gosse ?
4 March 2009
Souâd,
Je suis toujours un vrai Chaytane… mais je crois que j’étais au top quand j’étais gamin… aujourd’hui je vis sur les restes de cet âge d’or de la Chaytanerie. Tu ne dervais pas être si surprise des ruses que les enfants déploients pour arriver à leurs fins… dans tous les bons livres de négociation on loue les stratégies des enfants pour arriver à leurs fins. Après tout, ils sont par définition dans une position de faiblesse: il doit toujours quémander au papa ou à la maman pour avoir ce qu’il désire à l’instant “t”…
Tu veux un exemple? La stratégie qui consiste à mettre les deux parernts en compétition… ou plus subtile, la tactique de vieux baroudeur des ventes (tactique un peu grossière certes) de la question fermée quand d’autres s’engluent dans une question ouverte.
La nièce d’un ami à moi en est le meilleur exemple: au lieu d’essuyer un refus radical à sa demande d’aller à Eurodisney, et de repartir la mine boudeuse dans sa chambre, elle m’a sorti:
“Tonton Samir… tu préfères m’amener voir Wall-e ce soir, ou à Disneyland pendant les vacances?”
Je te laisse apprécier le machiavelisme de la petite.
P.S: on est allé voir Wall-e
4 March 2009
ca confirme que la France est une immense fabrique a “raclure”, des le plus jeune age la norme est de se comporter en brigand sous peine de te faire ecraser par le brigand d’a cote.
le but est simplement de niquer l’autre, de briser les lois, de truander. c’est une grosse difference pour moi avec le monde anglophone, ou les gamins grandissent dans des valeurs humaines.
4 March 2009
DD: je ne pense pas que tu saches de quoi tu parles. va en Angleterre dans la banlieue de Manchester ou de Liverpool et tu considereras les gamins du 9-3 comme des chérubins tout droit issus de l’aristocratie française.
Autre chose, évite ces commentaires inutiles qui n’ont rien avoir avec l’article. Passe pour cette fois-ci mais la prochaine fois je supprimerai directement ton commentaire.
4 March 2009
Samir, il n’y avait rien de mechant dans mon commentaire. le mot raclure est entre guillemets.
ca n’est pas une critique et ca ne s’adresse pas a toi mais plutot de facon generale.
ton pragmatisme est noble.
je faisai juste echo a mon exp personnel.
tu a surement raison, je ne connais pas les banlieus de liverpool, justement le fameux scouze accent!
4 March 2009
Haha, tu avais (presque) autant de ce-vi que moi Samir ! Moi c’était à base de voler une CB (une Gold) dont le code était souvent prononcé à la maison d’un ton ridiculement désinvolte. Ces voix ignoraient qu’une Chaytana de première classe se trouvait juste à côté.. Quand on n’a pas la force, il faut avoir la ruse, arme de l’intelligence, n’est-ce pas ?
5 March 2009
E2-E4
5 March 2009
Ben alors moi je devais vraiment être un vrai petit ange dans l’enfance :-) ou alors j’ai oublié mes “chitaneries” lol
5 March 2009
salam alaikoum
les echecs le meilleur jeu de strategie
j’y jouais a l’age de 9-10ans car mon frere m’y obligeais je m’y suis remis ya 1 mois, d’ailleurs pour ceux qui ont vista ya un bon jeu d’echecs comme ya 10 niveau j’en suis au niveau 5 ..fffffffff
et vous ????
en tous cas tres bon article et bien ecrit comme souvent.
El AfRite
5 March 2009
moi par contre je te prends quand tu veux aux échecs:)
5 March 2009
Nadia,
C’est moi que tu provoques comme ça????
Comme a dit une fois un père du quartier en froid avec la langue de Molière: “méfie toi du loup qui danse”* ma fille…
*à défaut de l’eau qui dort
5 March 2009
Samir, petit escroc!
5 March 2009
à mon avis, si tu as acheté florian c’est pour qu’il perde.
5 March 2009
“méfie-toi du loup qui danse”…j’aime beaucoup, c’est très poétique!
Il s’agissait peut-être d’une traduction littérale d’une expression arabe? Mon père en est spécialiste: “Oh mais c’est vieux comme l’année où les chiens jouaient au foot!” (3am korat el klaab).
Comprenne qui pourra.
Et il n’y a pas à dire, les rdv à la table de ping-pong sont vraiment le pendant cité de ceux de la Grand’Rue dans le Far West…
Quel talent de conteur Samir…:)
12 March 2009
@DD
Les gosses des pays anglophones ont plus de valeurs “humaines” que les petits français??? Des barres!T’es sur que tu connais les pays anglo-saxons lol
@Samir
Nice story telling gran masta, comme évoqué dans “brain rules” c’est le meilleur moyen d’ancrer un message dans des têtes!