Archive for May, 2009
L’IMPARFAIT DAME LE PION AU + QUE PARFAIT

Félicitations. Tu as été promu Senior Manager d’une boîte de consultant huppée de la place londonienne. Te voilà maintenant Empereur. Un despote éclairé qui a droit de vie et de mort sur sa troupe de jeunes loups affamés tout droit sortis du ventre des meilleures écoles d’Occident. Le sang bleu qui coule dans tes veines te donne un pouvoir absolu sur tes hoplites : tu décideras, sans avoir besoin de consulter une autre personne que toi-même, qui ira en formation la semaine prochaine et qui recevra une augmentation de 20% quand les trois quart de l’équipe devront se satisfaire des sempiternels 2% d’inflation. Mais surtout, tu seras seul à décider de qui aura le privilège de rejoindre ta colonne de phalangistes surdoués. Et dans un monde ou la différence entre une « bonne » équipe et un commando d’élite se résume à ta capacité à attirer, développer et retenir les talents de ton industrie, alors le doute n’est plus possible : le recrutement est devenu une question de vie ou de mort. Appelle cela un truisme, une banalité ou un lieu commun, mais s’il est une chose qui est répétée à tue-tête dans les Business Schools sans qu’il y ait la moindre concrétisation de l’idée sur le terrain de la pratique, c’est bien celle-ci.
Mais c’est un autre débat.
Ta nouvelle fonction te met face à ce nouvel impératif (recruter) et j’aimerai te donner mon opinion sur le sujet. Alors allons-y, rentrons dans le vif du sujet : je ne sais pas qui tu devrais recruter dans ta taskforce de combat (je n’ai pas cette arrogance). Mais je sais qui tu ne dois pas recruter (j’ai cette arrogance là).
Ne recrute jamais celui que j’appelle le « candidat parfait ». Sorti des meilleures écoles, son entraînement intensif commence durant sa plus tendre enfance au sein d’une famille bourgeoise. Dans ce nid douillet, on le met rapidement en contact avec les objets de culture dits « nobles » : livres à profusion, films d’Akira Kurosawa, presse, Scrabble. A la maison, les débats sont la règle : on débat de questions economiques, d’art et on affiche ses couleurs politiques très tôt. On bénéficie du dernier cri terme d’installations informatiques. On visite des musées. On va au cinéma (en VO de préférence) quand on a pas réussit à obtenir une place au théâtre. On fait les meilleures écoles puisqu’on a été sensibilisé très tôt à l’obligation de sortir des meilleures écuries pour bien figurer dans la bonne société. Pour ce faire, la famille (aisée en général) met les grands moyens : des cours particuliers en philosophie, en mathématiques, en littérature. Quand il faut faire un stage, les connections familiales sont mises à contributions : on atterrit dans de grands groupes internationaux à peu de frais, payé grassement. On retrouve ces individus dans les meilleures prépas, puis dans les meilleures écoles du pays. C’est d’ailleurs dans ces écoles que les grands groupes et boites de consulting prestigieuses viennent recruter le gros de leurs contingents. Tu as en un paragraphe le schéma de reproduction incestueux des élites françaises. Une endogamie de fils de pute qui fait mal à ceux qui viennent d’où tu sais. Ces derniers, bizarrement, on ne les voit pas beaucoup en prépa. Ils servent plutôt de chair à canon aux CAP, BEP et autres Bac Pro.
Mais je m’égare.
Revenons sur ce « candidat parfait » qu’il faut fuir comme la peste. Un individu qui a eu son chemin balisé, dont le cerveau est gavé d’anabolisants, qui est idéologiquement orienté ne présente aucun intérêt. Pourquoi ? Parce qu’il est génétiquement déterminé à produire de l’ennui. Des solutions qui existent déjà. Des « best practices » répétées à l’envi. Du six-sigma en canettes. Les 5 forces de Porter dans des pots de yaourts. En bref, tout sauf du neuf. Recrute le « candidat parfait » et je te garantie que lui et ses collègues (qui viennent tous du même milieu) ne produiront pas une once d’idée neuve. Ils ne sont bons qu’à répéter perpétuellement ce qu’ils ont lu et entendu en cours. Les caisses de résonances qui viennent de Centrale, Supelec, HEC, Polytechnique, Ponts et Chaussées perpétuent un système plus qu’ils ne le re-imaginent.
Si tu as compris le business d’aujourd’hui, alors tu sais que seule la rupture fonctionne. De la rupture naît l’innovation. De l’innovation naissent les flux de cash. Et ce sont ces derniers qui sont la ligne de vie de tout business. On ne fait pas d’une division de fils à papa les nouveaux apôtres de la créativité. Un individu qui finit major de promo d’une Grande Ecole est la dernière personne que je recruterai. Pourquoi ? Parce que ses résultats brillants sont la manifestation de la pire des maladies : respecter le système. Colorier sans dépasser. Rentrer dans le rang. Lever le doigt avant de parler. Faire le parcours parfait. Ne pas faire de vagues. Remercier le professeur quand il te met une bonne note et te donne une image. Insipide. Ennuyeux. Sans sel. Voilà la réalité du « candidat parfait ». Un être humain qui a subi une ablation de la glande créative.
J’ai menti. J’avoue avoir l’arrogance de savoir qui tu devrais recruter : le « candidat parfait » est mort. Vive le candidat imparfait. Celui qui possède un trou d’un an dans son CV… et qui l’a mis à profit pour faire un voyage initiatique en Alaska ou il a chassé l’ours. Ou cet homme, bachelier à 24 piges qui a écrit un livre de cuisine d’Histoire sur les Sushis, a monté sa chaîne de restaurants et a fait faillite deux ans plus tard. Ou ce jeune homme qui n’a pas de diplôme mais qui a été le premier à jailbreaker un iPhone. Ou ce directeur marketing issu d’une université anonyme du Sud Est de la France, qui en plus d’officier dans une très grosse PME de la région parisienne possède son propre label de Hip Hop. Ce qu’il faut chercher c’est le rebelle. L’erreur statistique. Le profil extrême. Celui dont le champ de réflexion ne s’arrête pas aux schémas de pensées bêtement appris dans l’enceinte d’une école. Voilà ceux qui sont le plus susceptibles d’instiller du neuf dans ta maison et de changer la donne. Les « imparfaits ».
Ce que je recherche, c’est le défaut dans le profil. L’aspérité… l’imperfection. La beauté est dans la perfectibilité. Il n’y a rien de plus ennuyeux qu’une beauté aseptisée tout droit sortie d’un magazine : corps parfait, chevelure lisse et brillante, sourire dentifrice. Rien de plus séduisant qu’une femme affublée d’un léger défaut physique. On s’attache à l’imperfection. La petite cicatrice, le nez un peu trop aquilin, l’incisive légèrement fendue. Même Descartes raconte dans un texte étonnant qu’il a toujours eu un faible pour les femmes qui louchaient (!)…
Les règles de conjugaison ont changé dans le business : l’imparfait y dame le pion au plus que parfait.
44 commentsEST-ON JAMAIS ASSEZ RICHE?
Steve P. est le genre d’individu capable de te faire rire à l’enterrement de ta propre mère.
Il possède cette qualité qui a toujours fait mes délices : de la conversation. Je crois que c’est un des compagnons du Prophète (sur lui la prière et la paix) qui a dit qu’un homme de goût choisit ses convives comme on le ferait des meilleurs fruits à une table. En plus d’une belle figue, je prendrai Steve avec moi si je devais passer une nuit à converser… un exercice que j’affectionne particulièrement et que ma mère avait peut-être pressenti durant ses longues nuits où, blotti dans son ventre brioché, je ne cessai de m’agiter… l’empêchant par la même de trouver le sommeil (Samir, le prénom que ma maman a choisi de me donner signifie « celui avec qui l’on converse agréablement durant la nuit »)
Steve P. est le quatrième rejeton d’une fratrie de cinq minots. Issu d’une famille de la classe moyenne (le genre de famille qui mange des patates la dernière semaine de chaque mois pour aller assister à un match de Manchester United), Steve P. avait la caboche bien trop pleine pour se tuer à la tâche comme son papa l’avait fait des décennies durant dans une usine de Rover. Il a donc fini à Cambridge. Consultant chez Bain pendant plusieurs années, il officie maintenant dans une « boutique » de Private Equity à Londres. Steve y gagne très… très… très bien sa vie. Assez pour songer à prendre une année sabbatique pour aller toucher des seins en Amérique Centrale et peindre des aquarelles qui font penser à des dessins ratés de maternelle.
Quand il m’avait fait part de cette éventualité j’ai ri, soulevé mon verre (de Coca… sans alcool la fete est plus folle) à sa future nouvelle vie… avant de m’entendre dire que ce n’était pas pour tout de suite.
Samir : Comment ça ? C’est quoi qui t’en empêche ? Tu as assez de cash pour prendre ta retraite à un moment où d’autres s’estiment à peine au tiers de leur carrière.
Steve : Faux. Je n’ai pas assez de cash.
Samir : Arrache de là. T’en as assez je te dis. Fais moi confiance. Va te changer les idées. Envoie moi une carte postale qui sent la mangue. Va faire la révolution au Nicaragua et reviens moi marié avec une ex-otage des Farc qui fait du 90D
Steve : Samir… j’ai assez d’expérience dans ce business pour savoir que je n’ai pas assez de cash. Mon train de vie a changé mec. Je ne suis plus le gamin de la Middle Class qui se masturbe devant une Aston Martin comme s’il s’était agi d’une star Hollywoodienne intouchable. Aujourd’hui, je roule dans une DB9 et j’ai une Maseratti qui dort dans le garage. OK… j’ai beaucoup d’argent. Je suis riche… si tu me compares au moindre col blanc qui s’agite à son bureau à écrire des rapports, gérer une petite équipe de jeunes consultants sortant des meilleures Business School, qui roule en Merco classe E et qui est tout heureux qu’UBS lui ai accordé un prêt de € 400′000 pour acheter le pavillon de ses rêve à Annecy. Mais si tu me compares à mon boss, je suis un paysan, mec. Dans la richesse tu as au moins dix niveaux. Je suis encore au bas de l’échelle. Si je m’arrêtais de taffer aujourd’hui je pourrais me vautrer dans les luxe le restant de mes jours… mais je ne peux toujours pas m’offrir de jet privé, ni entretenir six baraques de rêves (une sur chaque continent) et encore moins m’octroyer un harem à demeure. Quand je vais jouer au Casino, j’ai mes limites… et je ne pourrai pas me permettre financièrement les cinq putains de divorces que je vais faire d’ici à ce que j’expire mon dernier souffle (N.B : Steve en est à deux). Je ne peux me permettre un bataillon de cent domestiques, dont la tâche principale serait de scruter le niveau de mon verre de vin à dîner pour venir le remplir après chaque gorgée que j’aurai avalée. Je ne peux même pas me payer de vraies œuvres d’art. Avoir un vrai Monet ou un Botero dans mon salon est aujourd’hui de l’ordre du fantasme d’un adolescent prépubere.
mmmmmmmm…
Est-on jamais assez riche ? Question qu’avait posée un Bud Fox désabusé à son mentor Gordon Gekko dans le Wall Street d’Oliver Stone :
« How much is enough Gordon ? » (voir à 1min 13s dans la vidéo incrustée)
Et toi… qu’en penses-tu ? 200′000 “e” par an c’est suffisant pour se dire “a l’aise”? Doit on dire a un moment donne de sa carrière “c’est bon… je gagne assez la. Je vais fermer le robinet de l’ambition et ranger le couteau que j’avais entre les dents dans le tiroir de mon bureau”?
29 commentsDILEMME ET PRIORISATION

Dois-je réviser ce chapitre ardu sur l’Histoire de l’Economie ou dois-je plutôt me concentrer sur la Géographie du corps de cette voluptueuse étudiante italienne rencontrée la veille ? Dois-je favoriser l’échéance d’un partiel qui sanctionnera demain mes connaissances sur la dite Histoire, ou dois-je le sacrifier à la jouissance immédiate d’une interrogation orale par une élève devenue professeure et qui questionne en roulant ses « r » ?
La suite c’est par ici
14 commentsLE DEVIN MADOFF
En attendant l’article de demain sur Envie d’Entreprendre voici le temoignage tres interessant d’Amir Weitmann, auteur de “L’affaire Madoff, les secrets de l’arnaque du siècle“.
La partie la plus intéressante commence a 2min 16s. Elle raconte comment Madoff avait vecu les evenements du 11 Septembre. Une anecdote saisissante qui temoigne soit d’une puissance de prédiction divine (auquel cas la petite phrase ” you doubt God… you don’t doubt Bernie** ” ne serait pas qu’un grossier blaspheme), soit de quelque chose de beaucoup plus grave (Oh my Goodness! Bigard was probably right!!!)
** C’est Michael Bienes qui semble avoir prononce cette phrase et non pas Avi Lino comme le dit l’auteur.
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