Archive for August, 2009

LE MYTHE DU GENIE (2/2)

Certains écoutent du Chopin comme les victimes consentantes du tabagisme passif : vautrés sur la banquette en cuir du Business Lounge de l’aéroport Roissy Charles de Gaulles, ils prêtent une oreille distraite aux notes plaintives que crachotent les enceintes discrètement placées au dessus d’eux. En d’autres termes, la douce musique miaulée par le piano ressort par l’oreille opposée à celle où elle est entrée. Pour ces individus, les Ballades Nocturnes du compositeur polonais font plus référence au bruit des péripatéticiennes montées sur talon qu’à un chef-d’œuvre de la musique classique. « La musique classique ? Non, ce n’est pas désagréable… mais je m’en fous un peu » disent-ils avant de planter leur regard sur l’écran plat qui annonce les portes d’embarquement au compte goutte.

Il y eux…et puis il y a les toxicos. Ceux qui ont fait du catalogue de Frederic Chopin une collection de narcotiques étourdissants et qui vont jusqu’à s’isoler dans une pièce insonorisée pour écouter leur opus préféré… « pour ne pas en perdre une seule goutte » disent-ils, avant de déglutir bruyamment. Ces aficionados ne sauraient tolérer la moindre pollution sonore qui viendrait inévitablement retarder l’orgasme auditif. Ils sont comme ces fumeurs de havanes qui s’enferment dans des clubs parce qu’ils veulent jouir du plaisir de tirer sur leurs cigares en même temps que celui d’être entourée des lourdes fumées expirées par les autres membres. De Chopin, ils ne connaissent pas seulement l’œuvre, mais aussi la vie. Ils pourraient meubler des heures de conversation au moyen des futiles anecdotes et des insignifiantes historiettes qui ont rythmée la vie de l’artiste. Et quand on leur demande ce qui différenciait Chopin du reste de ses contemporains, ils répondent comme horrifiés par la stupidité de la question « Le talent ! Bien évidemment ! ». Un talent qui selon eux s’est manifesté dès l’enfance chez Chopin… comme chez Mozart d’ailleurs :

« Mozart révèle des dons prodigieux pour la musique dès l’âge de trois ans : il a l’oreille absolue et certainement une mémoire eidétique (à quatorze ans, il aurait parfaitement retranscrit le Miserere de Gregorio Allegri, morceau qui dure environ 15 minutes, en ne l’écoutant qu’une seule fois). Ses facultés déconcertent son entourage, et incitent son père à lui apprendre le clavecin dès sa cinquième année. Le jeune Mozart apprend par la suite le violon, l’orgue et la composition. Il sait déchiffrer une partition et jouer en mesure avant même de savoir lire, écrire ou compter. À l’âge de six ans (1762), il compose déjà ses premières œuvres (menuets KV.2, 4 et 5 ; allegro KV.3). Source : Wikipedia

Quand tu lis ce genre de chose tu ne peux t’empêcher à la fois d’admirer le génie à l’état pur et de pester contre ce sort qui donne tant à certains et si peu à d’autres. « Il a un don » te diront la plupart. Dans l’imaginaire collectif, les grandes figurent de l’art, du business et du sport ont vu des fées bienveillantes se pencher sur leurs berceaux. Dans l’imaginaire collectif, Dieu a donné à ces prodigieux athlètes, poètes, CEO quelque chose qu’il a refusé au reste du commun des mortels. « Même Tiger Woods… » m’a dit un jour un collègue féru de golf .

Vraiment ?

Il y a un passage du film « Changing Lanes » que j’aime beaucoup. C’est celui dans lequel Doyle Gipson, incarné par Samuel L. Jackson, lutte contre les démons de l’alcool et où on le voit, dans un moment de faiblesse, se retrouver assis à un bar à se demander s’il allait commander un scotch ou un soda. En même temps qu’il se pose cette question il ne peut s’empêcher d’écouter la conversation de deux publicitaires blancs qui ont des propos très « borderline »… à la limite du racisme caractérisé. Ils semblaient se moquer d’un spot publicitaire à l’effigie de Tiger Woods. Doyle Gipson les interrompt :

« J’espère que vous ne m’en voudrez pas mais j’ai été intrigué par votre conversation et j’ai compris que vous bossiez dans la publicité. J’aimerai vous donner ma version rêvée d’une publicité sur Tiger Woods, OK ? Bien… alors dans ma pub, il y a ce noir sur ce parcours de golf. Tout le monde essaie de le convaincre d’être leur caddy et de trainer leurs clubs à mesure qu’ils progressent sur le parcours. Mais il n’est pas un caddy. C’est juste un mec qui se trouve être noir et qui essaie simplement de faire une partie de golf. Mais ces gens insistent et lui donnent un billet de 5 dollars pour qu’il aille leur acheter de la bière ou des cigarettes au clubhouse. Déçu, il décide de rentrer à la maison où l’attendent sa femme et leur fils à qui il enseigne les arcanes du golf. Puis l’on verrait tous ses enfants jouer à la marelle et l’image montrerait ensuite le petit Tiger s’entraîner comme un dément sur le green. Puis l’on verrait ces mêmes enfants se gaver de crème glacée pendant que Tiger perfectionne, sous une pluie battante, ses frappes longues sous l’œil sévère de son père. Puis il y aurait comme un effet « avance rapide » et l’on verrait Tiger remporter quatre grands slams d’affilé et devenir dans le même temps le meilleur joueur qui ait jamais soulevé un club de golf. Et le spot de pub se terminerait sur une image de son père dans la foule vers qui Tiger se dirige en lui tendant ses trophées. Tout cela grâce à la détermination d’un père qui s’est fait la promesse qu’aucun homme blanc ventripotent (comme le sont probablement vos pères) n’enverrait jamais son fils au clubhouse acheter de la bière et des cigarettes »

Un pur kiffe.

Mais plus que la jouissance que procure cette mise à l’amende, c’est la leçon subliminale qu’elle délivre qui doit nous intéresser : Tiger Woods n’est le prodige que nous connaissons que parce qu’il a travaillé prodigieusement dur. Point barre. La croyance populaire qui ferait de Dieu l’injuste distributeur de talents dont bénéficieraient certains à l’exclusion de tous les autres est une chimère. Un prétexte. Une basse excuse qui justifie la paresse.

Parce que le talent suppose et exige un effort. Il ne naît pas du vide.

On ne naît pas star du football… de la même façon qu’on ne naît pas businessman, danseuse étoile ou violoncelliste virtuose. On le devient. Le talent se développe par la répétition de l’effort sur la durée. C’est ce que Malcolm Gladwell appelle « la règle des 10’000 heures ». Dans son dernier livre « outliers », il explique que la « surperformance » est la résultante directe d’une pratique assidue (voire fanatique) d’une discipline donnée. Pour illustrer ce principe, il cite les résultats d’une étude menée sur un groupe d’étudiants de musique classique que des chercheurs ont suivis de l’enfance à l’âge adulte. Parmi ces étudiants certains sont devenus d’excellents amateurs en accumulant 2’000 heures de travail. Ceux qui sont devenus professeurs de musique ont, eux, travaillé deux fois plus: 4′000 heures. Les étudiants dits « surdoués » pointent à 8000 heures d’études tandis la caste des « génies » caracole à 10’000 heures.

Je vais te donner deux autres exemples. Le premier est plus personnel que le second puisqu’il m’a été directement raconté par un de mes mentors de l’époque. Au début de sa carrière, quand il bossait encore pour Danone, il s’était progressivement fait une réputation d’artiste du business. Tout le monde voyait en lui l’intelligence supérieure… le genre d’individu qui s’il courrait avec son cerveau, serait capable de mettre trois mètres dans la vue d’Usayn Bolt. Un soir qu’il bossait sur un fichier Excel qui modélisait la quantité optimale de gelée à la fraise à mettre dans les Pim’s (on en est là chez Danone), son boss est passé le voir à son bureau … “ne restez pas trop tard”… lui a-t-il dit, sachant pertinemment que son conseil paternel ne serait pas suivi. Le lendemain, ce même boss, très matinal, arrive croît être le premier arrivé à son bureau quand passant devant le bureau de son petit protégé (mon ex- mentor) il le voit s’acharner frénétiquement sur le même fichier que la veille au soir. S’il n’avait pas remarquer le changement de tenue vestimentaire il aurait juré que cet alcoolique du taffe avait passé la nuit ici. Mais il n’en demeurait pas moins que ce junkie était le dernier à partir le soir et le premier à arriver le matin. Voilà ce qu’il lui dit en guise de « bonjour » :
“ah mais je comprends maintenant ! Vous travaillez… c’est tout !” Le vieux boss avait démystifié la soit disante intelligence supérieure. Il l’avait mise a nue. L’extrême agilité intellectuelle dont mon mentor faisait preuve n’était due qu’au fait qu’il travaillait beaucoup plus que les autres.

Dans un numéro de GQ qui date de quelques mois et qui affiche la tête de Thierry Henry sur sa couverture, j’ai relevé une gemme cachée. Dans l’interview de l’attaquant du Barça, j’ai appris l’histoire tout a fait fascinante de la genèse de ce qui est devenu la marque de fabrique de Thierry Henry sur les terrains de football : une foulée de gazelle qui démarre au milieu de terrain sur le côté gauche avec un repiquage au centre léger suivi d’un enveloppement du ballon de son pied droit qui fixe tous les gardiens sur place. Quand tu le vois exécuter ce geste, la première chose que tu te dis c’est: “c’est Dieu qui lui a donne ca. C’est pas possible autrement”. Pourquoi? Parce qu’il le réalise avec une telle facilité… une telle aisance que ça ne peut que faire partie du package qu’il a reçu de Dieu lui-même à sa naissance. Voilà ce que tu te dis…

Et voilà ce qu’en dit le principal intéressé:

“Ce que j’aimerai expliquer aux gens, c’est que ce n’est pas venu du jour au lendemain. Souvent, quand un joueur répète un geste, cela devient logique et normal donc les gens disent “c’est facile”. Non! J’ai lutté pour arriver à mettre ce genre de but. Des fois quand il n’y avait pas de gardien à l’entraînement, je plaçais un plot près du poteau avec juste la place pour passer un ballon. Tu n’as pas besoin de gardien pour travailler cela. C’est mieux avec un gardien, mais en général quand tu tapes la, c’est dedans. Il y a eu des fins d’entraînement où je restais pour faire ce genre d’exercice!”

Plus d’excuse possible ma gueule. Get back to work.

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RAMADAN KARIM

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LE MYTHE DU GENIE (1/2)

 

Tariq pèse 110 kg pour 1m73.

Son esprit tout entier est devenu l’esclave de sa panse. Cette dernière chevauche le premier comme Phyllis l’avait fait du vieil Aristote. Les adorateurs des plaisirs de la chair s’étaient plu à peindre cette scène cocasse où la femme (allégorie des sens) serrait ses cuisses musclées autour de la taille du philosophe (allégorie de la raison), symbolisant par la-même l’asservissement de la raison aux passions.

Tariq ne possède pas l’intellect d’un Aristote mais il s’est indubitablement soumis à ses appétits. La bedaine qui déborde de son 501 dépassé suffit à s’en convaincre. Il la traîne avec peine et aimerait qu’elle fonde au soleil comme un cornet à la framboise commandé aux marchands ambulants des plages de la côte. Mais son ventre ne fond pas. Il l’accompagne comme ces pétasses collantes qui t’aiment et que tu n’aimes pas en retour. Le genre de meufs qui te fatiguent par leur seule présence.

D’ailleurs, Tariq s’essouffle vite. Il s’essouffle en montant les trois marches de l’allée 13 au quartier… il s’essouffle quand il mastique l’aile de poulet au citron caoutchouteuse que lui a amoureusement cuisiné son épouse. Il s’essoufflerait même à tourner les pages d’un roman de poche où à lire le premier paragraphe de cet article. Tariq taffe à l’aéroport. A l’entendre parler de son job, on croirait presque qu’il en est le directeur. Vérification faite il n’en est que le factotum… apprécié de ses collègues, certes, mais factotum quand même.

Quand, au quartier, notre groupe de shabs le voit débouler (c’est le cas de le dire, vu son apparence sphérique) chacun ne peut retenir un soupir alourdi de regrets.

« comment a-t-il pu en arriver là ? » commence l’un

« il avait tout pour lui » continue l’autre

« si seulement il avait été mieux entouré à l’époque » poursuit un autre

Tariq n’a pas toujours été le sosie d’Oncle Phil. Quand nous étions gamins, il était notre idole des terrains de jeu, le Maradonna du quartier. Quand il touchait le ballon, chacun retenait son souffle et se forçait à garder les paupières ouvertes de peur qu’un clignement des yeux lui fasse rater un geste de toute beauté (oui… Tariq avait cette vistesse là). Les vieux du quartiers y allaient de leurs couplets rances, jaunis par des références périmés :

« Vas-y ya oulidi… aya Madjer !!! » l’encourageaient-ils

Personne ne doutait du fait qu’il serait un jour une des principales attractions du championnat de France. Certains recruteurs de l’OL et d’Auxerre étaient venus aux nouvelles… et puis tout s’arrêta sans que quiconque ne puisse dater avec précision le début de la déchéance de Tariq. Chacun se souvenait l’avoir moins vu sur les terrains… mais beaucoup plus dans certaines soirées. En l’espace d’une année il est passé d’une hygiène de vie irréprochable (celle du footballeur professionnel) à un régime kebab-chrab-cigarette qui lui a coupé les jambes au niveau des rotules. Cela s’est vite ressenti sur son jeu… les rares fois où il s’était aventuré sur les terrains, les spectateurs avertis qui l’avaient connu durant l’apogée de son jeu de jambes, avaient noté la lourdeur de sa patte gauche jadis si légère… le manque de précision dans la passe et la quantité horrifiante de déchets techniques. Tellement, qu’on aurait pu en remplir la benne du quartier à ras bord.

A chaque fois que nous voyons Tariq, nous rêvons à ce qui aurait pu être…

Quand Christopher Langan remporta la finale du show « 1 vs 100 », il eut droit aux fameuses 15 minutes de célébrité prophétisées par Warhol. Chacun s’émerveillait devant la puissance de son QI que certains scientifiques qualifient « de trop élevé pour être mesuré avec précision ». L’enfance de Langan annonçait déjà le prodige : à 6 mois il savait déjà parler et à 3 ans il savait déjà lire (il apprit la lecture en autodidacte). Il obtint le score parfait au SAT (fait rarissime) en se payant le luxe de s’être accidentellement assoupi durant l’examen. Mais Christopher, un être socialement trop différent pour être faire partie de la norme, se vit retirer sa bourse au Lycée. Avant sa victoire éclatante au « 1 vs 100 », Langan n’avait jamais rien fait d’intellectuellement constructif de son existence. Il fut tour à tour ramasseur de coquillages, ouvrier à la chaîne et videur dans des bars au rabais. I n’a jamais vraiment utilisé son intelligence dans sa vie professionnelle.

Apparemment doués, Tariq et Christopher n’ont jamais pu exploiter ce talent qui s’est révélé être une demi-faveur du ciel. Il leur a manqué une chose.

To be continued

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LE MOMENT DE VERITE


Nas Feat Quan – Just A Moment
envoyé par mattmartiRegardez plus de clips, en HD !

L’inventeur de la theorie de la relativite avait pour coutume de dire qu’un probleme qui n’avait pas de solution était un probleme mal pose. La question de ton avenir n’est problematique que parce qu’elle est deficiente dans sa formulation.

Et peut-être même dans sa substance…

Apres tout, est-ce bien raisonnable de se poser une question si éloignée dans le temps et l’espace quand tout ce que l’on possède c’est “ici” et “maintenant”? Durant mon escapade new-yorkaise, j’avais fait la rencontre d’une publicitaire italienne dans la force de l’âge qui faisait la pluie et le beau temps sur Madison Avenue. J’adorais discuter avec elle… D’abord parce qu’entendre une Florentine se battre avec les exigences de la diction anglaise était musicalement divin. Ensuite parce qu’elle était douée d’une intelligence rare et que son opinion tranchait presque toujours avec cette « sagesse populaire » qu’exécraient les créatifs. Au détour d’une discussion, elle m’avait dit que le meilleur conseil que l’on puisse donner à quelqu’un dans la gestion de sa carrière était « de se focaliser sur son présent.» Pour elle, ressasser le passé et s’obstiner à visiter ces chambres de l’esprit tapissées de souvenirs douloureux était une perte de temps puisque personne n’avait encore inventé le typex miraculeux qui pourrait corriger nos écueils vieillis. Et l’avenir ? « A bien y réfléchir, disait elle, l’avenir n’est que le produit de ce que tu fais dans ton présent. Fais ce que tu peux faire maintenant… et l’avenir s’occupera de lui-même sans que tu aies à t’en soucier davantage. »

Mamma mia.

Si ma publicitaire italienne avait vécu durant l’Antiquité, ses sages recommandations auraient fait de la Pythie de Delphes une vulgaire cartomancienne de foire. Si elle avait sévi dans la France du Moyen Age, ce sont ses quatrains prémonitoires que l’on vénérerait aujourd’hui et pas ceux, apocalyptiques, des Centuries de Nostradamus.

Si j’étais toi, je prendrais ce conseil. Mieux, je prendrai une plume et un encrier et je le calligraphierai sur un post-it que je collerai sur le miroir de ma salle de bain. Chaque fois que tu te brosseras les dents tu te souviendras que demain n’est qu’un sous-produit d’aujourd’hui. Le vieux « kho » Ronsard avait raison d’exhorter sa « mignonne » de « cueillir et cueillir » sa jeunesse parce que le present nous echappe comme la poignee de sable que l’on prend a pleine main sur une belle plage du bled.

Un bémol toutefois.

Si le conseil est bon, la partie qui concerne le traitement de son « passé » est, elle, partielle. S’il est vrai qu’on ne peut rien changer a notre passe, on se doit de visiter notre mémoire comme on le ferait d’une vieille tante un peu trop seule. Non pas pour se complaire, de façon malsaine, dans un ressassement de ce qui n’a pas fonctionné, mais pour emmagasiner les leçons qui nous permettront de mieux répondre aux exigences d’une action à conjuguer au « présent de l’indicatif ». Celui qui remue correctement la terre de ses souvenirs y trouvera toujours des pierres précieuses, tandis que les plus nécrophiles d’entre-nous déterreront toujours de puants cadavres. Machiavel passait des journées entières, cloîtré dans sa bibliothèque a lire et relire Polybe, Tite Live et Suétone pour comprendre les raisons qui ont précipité la chute de l’Empire Romain et celle de ceux qui ont successivement présidé a sa destinée. Au-delà de plaisir de la lecture, c’est les enseignements politiques qu’il recherchait. Des enseignements qu’il voulait appliquer a la gestion administrative de Florence en sa qualité de conseiller du Conseil des Dix.

Aujourd’hui tu dois faire la même chose. Si tu pouvais t’embarquer dans la Dolorean de Marty et remonter le temps pour atterrir dans ses années fastes d’avant l’explosion de la bulle Internet ou ces années d’abondance qui precederent la megacrise financière dont nous ressentons encore le souffle chaud sur notre nuque… que faisais-tu ? Que faisais tu quand tu pouvais facilement contracter des prêts a 0% ? Quand tous les indices étaient au vert ? Quand Dubai était encore le secret le mieux garde d’une poignée d’expats qui y ont trouve millions et farniente ? Que faisais-tu quand la fashionista n’etait pas encore recessionista, qu’elle depensait de l’argent pour le simple plaisir d’entendre le claquement mate de l’ouverture de son porte monnaie ? Que faisais-tu quand tu avais accès à un vivier d’employés talentueux à la recherche d’une start-up qui pourrait révolutionner une industrie ? Quand les coûts de développements d’un site web et du marketing online étaient proche du coût d’un grec salade tomate oignons ?

Tu faisais quoi ?

Tentative de réponse: « Je passais mon temps à attendre… à me plaindre… a rêver. Je me disais que ça ne pouvait pas être fait… ou que ça n’avait encore jamais été fait… que je n’avais pas les ressources.. le temps… l’argent… la crédibilité… les compétences »

Et maintenant que la situation est devenue catastrophique pour tous, tu te dis :

« si seulement je m’étais bougé un petit peu plus durant cette période bénie des dieux ou l’alignement des étoiles était parfait… cette idée que j’ai là, maintenant, j’aurai pu en faire une « cash-cow » rien qu’avec mon petit doigt. C’est tellement dommage. J’ai besoin de liquidités pour amorcer une pompe à fric qui alimentera les gras actionnaires qui me feront confiance… mais le puit de liquide est maintenant tari, alors qu’il pissait du billet vert il y a seulement quelques années. Que dire des clients ? Mon idée les aurait enchantés, ensorcelés. Ils seraient tombés sous le charme, eux, qui dépensaient des sommes impossibles pour l’inutile et le superflu… si seulement… oh ! R.Kelly, comme je comprends maintenant les lyrics de «if I could turn back the hands of time ». Si je les avais compris alors je ne serais pas là, devant mon ordinateur à me demander ce que je vais faire de ma vie. Je ne serai pas là, dans un bureau en open-space dans le quatrième sous-sol d’un obscur immeuble de la Défense à me morfondre et à endurer les critiques mesquines d’un manager vérolé, complexé par son mètre cinquante-cinq et traumatisé pas ses années collèges en ZEP »

Heureusement, tout le monde n’a pas suivi ton triste exemple. Quand tout le monde se plaignait du prix du baril de pétrole et du caractère non-durable et pernicieux de l’utilisation à outrance des énergies fossiles, il y avait ceux qui disaient : « ok, mais qu’est ce qu’on peut y faire ? »… et il y avait Shai Agassi et Elon Musk.

Quand la bulle Internet a explosé, il y avait ceux qui se moquaient de l’e-commerce en affirmant que c’était un concept sans intuition (dans le sens philosophique du terme)… et il y avait Jean-Antoine Granjon… qui c’est celui la ? Personne… un anonyme… un monsieur tout le monde qui, en l’espace de trois piges est devenue la 99eme fortune française.

Voici une vérité qui s’est vérifiée tout au long de l’Histoire du Business y compris durant la Grande Dépression, les chocs pétroliers, la décennie perdue, le choc post-traumatique du dégonflement des bulles immobilières et Internet ou la mise en scène du 11 septembre: le monde, même quand tout va mal (surtout quand tout va mal) est boursouflé d’opportunités. Des opportunités qui te permettront de faire de grandes choses, de satisfaire un ego démesuré, de prendre des risques incalculables et de convaincre un petit commando d’individus qu’il existe une Terre Promise où les fruits sont plus mûrs, les billets plus verts et les filles plus belles. Le meilleur service que tu puisses te rendre est de stopper ce raisonnement toxique qui larve ta cervelle et te persuade que cette période incertaine est le pire moment pour démarrer un business.

Le pire tu y es.

Tu ne peux pas tomber plus bas que le quatrième sous-sol d’un immeuble de la Défense. S’il y avait une seule chose positive dans la tristesse de ta situation, elle est celle-ci: la seule voie de sortie est ascendante. Mais pour cela il faut que tu en fasses le choix : ce que j’appelle le « moment de vérité »… ce moment imperceptible, connu de toi seul qui fait qu’à 20h00 tu es une personne et qu’ à 20h01 tu en es une autre parce que tout a change dans ta tête . Parce que tu te sens maintenant prêt à mettre en musique ces stratégies de rupture, auxquelles tu penses la nuit avant de dormir, et qui feront vaciller les « big players » d’une industrie qui s’est trop reposée sur ses lauriers.

Avant de finir cet article, demandes toi en lisant les histoires de Shai Agassi, Elon Musk et jean Antoine Granjon : « qu’est ce qu’ils ont de plus que moi ces fils de p… » Pas grand-chose. Ils ont juste essayé.

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