APOLOGIE DU POUVOIR… EN SCRED

18Brumaire

Quelle est la nature de l’homme ? Est-il naturellement bon comme le dit Rousseau ? Est-il un loup pour son frère comme le pense Hobbes ? Et d’abord qu’est-ce qu’être bon et qu’est ce qu’être mauvais ? Le don que tu fais au Croissant Rouge est considéré par le plus grand nombre comme « bon ». Mais si tu donnes pour t’acheter une conscience à bon compte et pour te déculpabiliser d’un luxe dans lequel tu te vautres quand le vieillard palestinien, lui, se vautre dans la boue des restes d’une maison rasée par un bulldozer israélien… qui est celui qui donne ? Qui est celui qui reçoit? Toi ou ce vieil homme ? Ce serait donc ça la bonté : nourrir une conscience charognarde sur la carcasse de la misère humaine ?

Les frontières entre les concepts sont ténues. Et le Pouvoir alors ? Bien ? Pas bien ? Doit-on le rechercher à tout prix ? Doit-on s’en éloigner comme de la peste parce que de pieux philosophes ont dit un jour qu’il corrompt les esprits et noircit l’âme ? Toutes les écoles philosophiques et les religions ont fondé leur système sur un sens qu’elles ont donné à l’existence. Un but ultime. Chez les cyrénaïques c’est le plaisir. Chez les épicuriens et les stoïciens c’est cet état de quiétude profonde, de paix intérieure, qu’ils appellent l’ataraxie. Chez les musulmans l’adoration d’un Créateur unique à qui il ne faut rien associer… et chez Nietzche c’est la volonté de puissance. Pour le philosophe allemand, être c’est devenir plus, et l’on devient plus quand on laisse libre court à cet instinct qui fait de la puissance l’espace dans lequel on se réalise. En d’autres termes, l’homme s’épanouit dans la quête et l’exercice du pouvoir. Alors je vais vite dans l’analyse, au risque, j’en suis conscient, de caricaturer un concept qui ne se résume pas à la définition que j’en donne…. mais c’est une idée commode sur laquelle je peux m’appuyer pour lancer cet article.

Je ne connais rien de pire que le sentiment d’impuissance. Se sentir désemparé…désarmé face à une situation, comme voir toute sa famille se faire abattre devant soi par des GI sanguinaires ou voir ces pourceaux faire subir le pire à ses sœurs et sa mère. Pour moi, il y a toujours eu des choses dont l’excès est préférable au défaut. Je préfère la confiance en soi qui se transforme, dans l’excès en arrogance, à la timidité maladive qui te transforme en brebis au milieu des loups. Je préfère la générosité qui se transforme en prodigalités à la pingrerie qui ferme un porte-monnaie à double tour. De la même façon, j’ai toujours cherché plus de pouvoir. Jamais moins. Dans notre société, cette confession a quelque chose d’honteux… de sale même. Il est dangereux de se montrer trop ambitieux. Trop affamé. Raison pour laquelle le vrai ambitieux agit toujours en sous-marin. Quand j’ai commencé ma carrière, je criais sur tous les toits que j’étais un ambitieux… que je voulais manger le monde… que je voulais prendre la place de mon boss….

Ce que je pouvais être ridicule.

Non pas dans mes intentions, mais dans la façon pornographique que j’avais de les afficher. L’ambition c’est bien. Vouloir manger la terre entière c’est bien. Vouloir prendre la place de son boss c’est bien. Mais avoir la naïveté de le dire à tout le monde, c’est contre productif. C’est stupide même. De telles déclarations seront toujours accueillies par un froncement de sourcils suivi d’une remise du premier prix d’infréquentabilité qui, en France, te vaut, aujourd’hui, un an de prison.

Au XXIème siècle, la quête du pouvoir est devenue une guerre civilisée. Une bataille d’alcôves qui ne dit pas son nom. Un affrontement de généraux qui se sourient avant de se poignarder dans une Board Room. Et si tu cherchais la plus grande hypocrisie de notre société, elle est celle-ci : nous draper dans le souci de justice et d’équité, nous complaire dans une idée de la démocratie qui ferait du peuple le souverain et qui nous épargnerait de vieilles pratiques aristocratiques. Une démocratie ou le pouvoir serait également réparti entre chaque citoyen, puisque chacun possède le pouvoir « d’une voix » aux élections. En d’autres termes, on aurait anéanti la quête de pouvoir de l’individu en le dissolvant dans le peuple.

Belle hypocrisie.

Ce sont toujours les mêmes émotions qui nous guident… les mêmes instincts qui nous dominent. Mais puisque la société ne veut plus voir ses barbares affamés, il a simplement fallu que ces derniers revêtent un costar Smalto pour tromper leur monde. Ils ont recouvert leur main de fer du velours d’un gant. Ils ne prennent plus par la force… ils séduisent. Le vrai ambitieux, celui qui a le manche, celui à qui je délivrerai un diplôme de l’Académie de JR&M, est celui qui sait faire plier la volonté de l’autre en donnant à ce dernier l’illusion qu’il a pris sa décision librement et en conscience… comme la pierre qui roule de Spinoza. Ou comme John Milton (Al Pacino) qui souffle malicieusement à Kevin Lomax (Keannu Reeves) :

« C’est ma main qui fait sourire la Joconde ».

Je ne sais pas pour toi, mais perso, je détesterai apprendre que je n’ai été qu’un vulgaire caillou à la merci d’un(e) pro au jeu du pouvoir… encore moins qu’un mec me fasse sourire en me passant une main. « Le monde est un théâtre » disait Shakespeare… c’est exact. Il est le théâtre de luttes d’influences et de pouvoir dans lequel nous sommes tous condamnés à jouer un rôle. Tous. Même celui qui te dit : « non, la politique c’est pas pour moi… je suis pur moi… ». Ne pas jouer le jeu reviendrait à renoncer aux plaisirs qu’il procure… ou à subir les peines de celui qui en est dépourvu. Rien ne sert de pleurer. Rien ne sert de se plaindre. Rien de ne sert de résister. Ta participation à ce jeu est inévitable. Et pour celui qui sait l’esquive impossible, il vaut mieux exceller dans l’art de l’acquérir que dans une innocence de façade qui ferait de toi le jouet d’un(e) autre.

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13 commentaire to “APOLOGIE DU POUVOIR… EN SCRED”

  1. Magnifique article!

    Ayant parcouru la quasi totalité de tes articles et ayant saisi la philosophie JRM, j’étais, à vrai dire “choquer”, que tu n’aies jamais fais allusion à cette volonté de puissance de Nietzsche… mais elle est finalement apparue!


  2. On a tous compris dès le berceau, qu’il ne fallait pas ce limiter aux rôles qu’on nous donne. Mais qu’au contraire, on se devait de s’imposer comme des acteurs incontournables, ceux en tête d’affiche.

    Après chacun à ses méthodes, certains préfères écraser tout le monde (comme dirait A.l.i : “Tout est mathématique, on multiplie nos efforts là où les cistes-ra voudraient nous soustraire. Paris sous stress, j’additionne haine et mensonges contre jalousie, trahisons, règlements de compte. Génération Scarface.”) quand d’autres préfèreront être soulevé par le soutiens des leurs….

    Enfin comme je dis toujours : “La fin justifie les moyens ou plutôt la faim justifie surtout ceux qui n’ont pas les moyens.”

    ps: Great article ;)


  3. Salam à tous

    Voici un lien pour tout ceux et celles qui croient en leur avenir.

    businessbondyblog.20minutes-blogs.fr/cac-93 -


  4. @ mon chouchou Samir

    salam

    Enfin!! un article !! ton amie est revenu… (la p******) attaches la bien cette fois ci…!!!
    je suis fan (mais ça tu le sais déjà) je voulais juste te faire un petit coucou via ce blog qui m’a fait prendre conscience de bien des choses…

    encore une fois très bel article… et oui le pouvoir, la quête du pouvoir… vaste sujet.
    A ce propos, et pour étayer ta thèse, on dit souvent que le plus grand pouvoir de la femme est de laisser croire à son homme que c’est lui qui mene le jeu…(en tout bien tout honneur bien sur)
    à méditer… :)


  5. JR.not.yet.M
    22 October 2009

    Salam Samir,
    merci pour cet article de qualité

    @ gabi (l’ami des touts petits:p)

    C’est intéressant ce que tu dis sur le pouvoir de la femme, c’est même plutôt angoissant. Ne pas être maître de son pouvoir, réellement, tout en pensant que l’on maîtrise, est ce qu’il y a de plus dramatique.
    Heureusement que toute les femmes ne possèdent pas de tel pouvoir, même si pour la plupart d’entre elles le pouvoir de séduction est celui auquel nous succombons tous.

    ps: Je rejoins Samir avec ce vieux proverbe, pertinent pour le coup : “Le savoir c’est le pouvoir”


  6. Popopopo, jolie (et vaste) copie de philo ça.
    Marche ou crève… en scred :-)
    Accéder au pouvoir, acquérir le pouvoir… yes of course, et il faut avouer qu’il est plus facile de l’acquérir que de le conserver, ou de nous y maintenir.
    Act 2 maybe?


  7. L’orgueil est une opinion très avantageuse, le plus souvent exagérée, qu’on a de sa valeur personnelle aux dépens de la considération due à autrui, à la différence de la fierté qui n’a nul besoin de se mesurer à l’autre ni de le rabaisser. Manque ou absence d’humilité.


  8. La démocratie est certainement la plus belle main de ces oligarques qui nous dirigent à la Joconde qu’en tant que masse “citoyenne” nous représentons tous.
    Et un des plus grands tours de prestidigitation qui me fait dire qu’à moins d’être quelque éminence grise tirant quelque ficelle, nous sommes déjà les vulgaires cailloux formant la base de cette pyramide à la tête coupée qu’est notre monde.

    Au XXIème siècle la quête de pouvoir est devenue une guerre civilisée? Si l’on parle chiffons, les généraux et argentiers des siècles passés faisaient preuve de plus de luxe et de raffinement que ceux de notre temps, s’il s’agit de violences faites à l’humanité et de destructions, eh bien le XXème siècle (et le XXIème promet de suivre le sillon creusé) a prouvé que la barbarie n’avait pas de limites.
    Je conviens cependant que s’il est un mot dont la définition tend à être brouillée, c’est civilisation.

    Participer au jeu, oui, mais pas dans les termes imposés. Et sûrement pas sur le devant de la scène.


  9. L’existence même de ce blog, et la relation de confiance instaurée, s’inscriraient-elles aussi dans une stratégie de prise de pouvoir de Samir ?


  10. Hey Samir,

    C’est un peu hors sujet par rapport a l’article mais je voulais te donner une petite anecdote.

    Mon frère est développeur de jeux vidéos dans une petite boite en France. Il m’avait dis cet été que depuis la crise économique, ils ont fais le ménage : tout les bons a rien qui ont fais merdé la production sont partis. Mais ils se sont pas arrêté là, maintenant ils ferment la branche Française de l’entreprise… ils déménagent a Montréal et ils ont dis a mon frère : “Bon soit tu viens avec nous, soit tu restes en France (sous-entendu: au chaumage).”

    Bref, la mon frère est en train de se renseigner comme un ouf sur le Canada :D.


  11. Zelrik : c’est “RTL” que t’aurais du choisir comme pseudo…”Raconte Ta Life”….


  12. Hey Samir!
    Je connais ton site depuis au moins un an mais c’est la premiere fois que je poste un commentaire (et la premiere fois depuis de nombreux mois que j’y retourne).

    Article de tres grande qualite. Je suis moi-meme en train de “muer” et de prendre les dispositions necessaires pour realiser le potentiel qui sommeille au fond de moi: cet infini d’intelligence, de courage, d’initiative, et de determination.

    Merci encore pour cette confirmation ecrite et bonne annee 2010!

    Jul (depuis Londres).


  13. Article et thème trés interessants!
    But the question is…”qu’est-ce que le pouvoir…?” L’ambition est certes positve…elle est le processus par lequel on accède “à une certaine forme de supériorité…”. Est-ce ça réellement que le pouvoir…? Etre supérieur à l’autre…? Le réel pouvoir selon moi est de parvenir à se défaire de cet “autre” afin de se (comme dirait Nietzch) réaliser soi-même…”deviens ce que tu es” disait ce grand penseur…?j’ajouterais…quand bien même ce que tu es es, est à l’échelle sociétale qu’infime … ;) Dans un esprit plus poétique, je dirais…devenons pleinement ces grains de sable qui font toute la beauté du désert… :)


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